Monde
Le procureur général bolivien arrêté, des liasses de dollars retrouvées dans une ambulance
Roger Mariaca, à la tête du ministère public bolivien, a été placé en détention préventive pour six mois. Il est poursuivi pour blanchiment, narcotrafic…


Roger Mariaca, à la tête du ministère public bolivien, a été placé en détention préventive pour six mois. Il est poursuivi pour blanchiment, narcotrafic et criminalité organisée, sur fond de bras de fer avec Washington.
L’arrestation a secoué tout l’appareil judiciaire bolivien. Mercredi, Roger Mariaca a été interpellé à Santa Cruz, dans l’est du pays, en même temps que trois autres procureurs. La justice l’a placé en détention préventive pour six mois, le temps de démêler les accusations qui pèsent sur lui. Blanchiment d’argent, trafic de drogue, criminalité organisée. Le parquet qu’il dirigeait est désormais décrit par le gouvernement comme une « organisation criminelle ».
Le détail qui a marqué les esprits est venu de la nuit de son interpellation. Selon les autorités, une ambulance a été interceptée alors qu’elle quittait sa résidence, avec 300 000 dollars dissimulés à bord. De quoi nourrir les soupçons de corruption à grande échelle autour de l’ancien magistrat.
Roger Mariaca n’a jamais fait l’unanimité. Nommé en 2024 à la tête du ministère public, à une époque où l’institution était tenue par le MAS, le parti des anciens présidents socialistes Luis Arce et Evo Morales, il avait auparavant dirigé le parquet de Santa Cruz, le département le plus touché par le narcotrafic. La sociologue Luciana Jauregui le présente comme une figure « controversée », liée à des « dossiers polémiques ». Deux affaires résument les tensions.
La première concerne le narcotrafiquant uruguayen Sebastian Marset, l’un des hommes les plus recherchés du cône Sud. En 2023, alors que Mariaca pilotait l’enquête, Marset avait échappé à une vaste opération censée le capturer. Le ministre de l’Intérieur Marco Antonio Oviedo accuse le parquet de l’avoir « laissé partir ». Marset a fini par être arrêté en Bolivie en mars, puis expulsé vers les États-Unis. Une vidéo diffusée localement, et dont l’authenticité n’a pas pu être confirmée, le montre lançant aux policiers une phrase lourde de sens. « Mariaca est mon ami. »
L’autre dossier concerne Fernando Cerimedo, un consultant argentin proche du président de centre droit Rodrigo Paz. Détenu pour tentative de féminicide, il est aussi visé par des accusations de corruption. Roger Mariaca avait dénoncé l’annulation de son visa américain comme une « pression » liée à cette affaire. À la tête du ministère public depuis août, il « a progressivement pris une dimension politique », analyse Luciana Jauregui.
Washington n’a pas caché son rôle. Le gouvernement bolivien affirme que l’opération ayant mené à l’arrestation de Mariaca s’est faite avec la coopération des services de renseignement américains. Le chef de la diplomatie, Marco Rubio, a salué l’opération, imité par les quinze pays du Bouclier des Amériques, une alliance de gouvernements de droite contre le crime transnational pilotée par l’administration Trump. Les États-Unis reprochent à l’ancien procureur d’avoir touché « des pots-de-vin pour faciliter le narcotrafic et aider des délinquants violents à échapper à la justice », ce qu’il nie.
Evo Morales a réagi avec virulence. « Ce sont les États-Unis qui gouvernent », a-t-il lancé. Pour Luciana Jauregui, la pression extérieure agit comme un « point d’appui » pour Rodrigo Paz « face à sa faiblesse interne ». La coalition du président s’est disloquée. Son gouvernement affronte la colère de la rue.
La bataille s’est ensuite jouée au sein du parquet. Après l’arrestation de Mariaca, l’institution a désigné Luis Montaño pour lui succéder. Le gouvernement a accusé ce dernier d’entraver l’enquête et a refusé de reconnaître son autorité. À l’aube samedi, au terme d’une longue séance, le Parlement a d’abord approuvé une réforme autorisant la destitution et le remplacement de Mariaca, avant de nommer José Armando Urioste procureur général par intérim. Une sénatrice de l’opposition a dénoncé la présence de représentants diplomatiques américains, argentins et péruviens, qu’elle a filmés.
La politologue Adriana Rodriguez y voit une « lutte pour le pouvoir politique » au parquet, en attendant la désignation du titulaire définitif.
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