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La pompe s’envole et la France change de trajet

Le gazole a passé la barre des 2 euros le litre au printemps, et les habitudes de déplacement ont basculé avec lui. Moins de voitures sur les grands axes…

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La pompe s'envole et la France change de trajet

Le gazole a passé la barre des 2 euros le litre au printemps, et les habitudes de déplacement ont basculé avec lui. Moins de voitures sur les grands axes, plus de monde dans les trains, les cars et les voitures partagées, et une électrique qui grignote le marché à toute vitesse.

Un plein de gazole à plus de 2 euros le litre, c’est le seuil que le pays a franchi en mars. Depuis, la pompe n’a plus quitté les conversations, jusqu’à un record de 2,40 euros le litre atteint le 20 septembre, quelques jours avant que le G7 annonce vouloir libérer jusqu’à 100 millions de barils de gazole et de brut pour desserrer l’étau sur les prix. Cet argent en moins dans le portefeuille se retrouve directement sur le marché automobile. En septembre, les voitures électriques ont compté pour 42% des ventes de véhicules neufs, contre 27% en février, avant le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient et l’envolée du pétrole qui a suivi. Sur les neuf premiers mois de l’année, elles pèsent 31% du marché, contre 20% un an plus tôt.

Dans le même temps, les ventes de voitures à essence ont reculé de 39% sur le seul mois de septembre, et celles de diesel ont plongé de 62%, toujours par rapport à l’année précédente. Un argument très concret explique ce basculement. Quand on peut recharger chez soi, rouler à l’électrique revient deux à trois fois moins cher qu’un plein de gazole. Les aides à l’achat, mises en place pour accélérer la décarbonation, font le reste du travail.

Sur les autoroutes, le trafic se vide doucement. Depuis le début de l’année, un grand concessionnaire mesure environ 3% de fréquentation en moins. En août, la baisse atteint 5,6% au global et 6,2% pour les seules voitures particulières. Le phénomène n’étonne personne dans le secteur, ce type de recul revient à chaque fois qu’un carburant flambe brutalement, comme après l’invasion de l’Ukraine en 2022. La nouveauté, c’est la durée et l’ampleur de la tendance.

Les trains, eux, remplissent leurs rames. En septembre, les trains régionaux ont transporté 39,9 millions de voyageurs, soit 4% de plus qu’un an plus tôt. Les abonnés mensuels restent stables, mais les usagers occasionnels gagnent 6% et les abonnements annuels progressent eux aussi. L’été avait déjà donné le ton avec 4,8% de passagers supplémentaires en juillet et août. Du côté des régions, le constat est identique partout, les voyageurs arbitrent en faveur du transport collectif dès que le carburant grimpe, et ce choix se retrouve sur tout le territoire.

Les cars longue distance suivent le même sillage. Leurs taux de remplissage ont épousé la courbe des prix à la pompe, avec 13% de hausse en mars lors de la première flambée et 8% en septembre. Mais c’est le covoiturage qui affiche la progression la plus spectaculaire. Entre le 1er mars et le 1er octobre, le nombre de conducteurs inscrits sur la principale plateforme a bondi de 20% par rapport à la même période l’an passé. Le profil des trajets change également. Les distances moyennes diminuent, avec de plus en plus de parcours de 50 à 100 kilomètres, alors que la moyenne habituelle tourne autour de 300 kilomètres. Des conducteurs proposent des liaisons courtes, du genre Lyon-Saint-Etienne, en espérant que la recette du partage remplira le réservoir. Le 24 septembre, quatre jours après le record du gazole, la plateforme a enregistré son pic historique d’inscriptions en une seule journée, 2 200 conducteurs contre 700 en moyenne.

En ville, le tableau reste plus flou. Les chiffres ne sont consolidés qu’en fin d’année, et les gros travaux de maintenance de l’été brouillent la lecture. Un signe tout de même, en Ile-de-France, les trains de banlieue et les RER ont vu leur fréquentation progresser de 4,2% sur les huit premiers mois, à 618,4 millions de voyages. Dans cette région de 12 millions d’habitants, les abonnements Navigo annuels ont augmenté de 3% au premier semestre.

Les collectivités accompagnent le mouvement à leur façon. En octobre, l’Occitanie a relevé ses tarifs incitatifs sur les trains et doublé son aide au covoiturage. Une manière de rendre l’alternative crédible pour tous ceux qui n’ont pas les moyens de changer de voiture du jour au lendemain.

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