Politique
Macron ausculte à Madrid la fatigue démocratique et plaide pour une Europe plus rapide
En visite d’État en Espagne, le chef de l’État français a exposé devant des étudiants sa lecture de la défiance qui gagne les électeurs et nourrit les…


En visite d’État en Espagne, le chef de l’État français a exposé devant des étudiants sa lecture de la défiance qui gagne les électeurs et nourrit les extrêmes. Il en tire une série de remèdes, du contrôle des réseaux sociaux à un budget européen à la hauteur des enjeux.
Le faste d’abord. Le couple présidentiel français est arrivé au palais royal de Madrid à bord d’une Rolls-Royce, escorté par la garde royale à cheval en tenue d’apparat. Dans l’immense cour pavée, Felipe VI et la reine Letizia les attendaient, fanfare militaire et coups de canon en fond sonore, en présence du Premier ministre socialiste Pedro Sanchez. Un dîner de gala a prolongé la journée. Cette visite d’État de deux jours est la première d’un président français en Espagne depuis celle de Nicolas Sarkozy en 2009. Elle doit se poursuivre par un forum économique franco-espagnol ouvert avec le roi, puis un entretien avec Pedro Sanchez au palais de la Moncloa et une conférence de presse commune.
L’essentiel s’est joué ailleurs, dans l’amphithéâtre historique de l’Université Complutense. C’est là qu’Emmanuel Macron a disséqué ce qu’il nomme la « fatigue démocratique » du Vieux Continent, en trois temps. Tout a commencé, selon lui, avec la désindustrialisation, parce que la promesse d’une économie permettant à chacun de « vivre mieux » n’a plus été tenue. Le mouvement s’est aggravé avec la crise démographique, que les Européens ont rééquilibrée « par l’immigration », de quoi « bousculer » le consensus au sein de leurs sociétés. S’y ajoute une crise d’efficacité, liée à des processus de décision alourdis et à la multiplication des contre-pouvoirs, laquelle « crée une fascination pour les régimes autoritaires ». Un terreau idéal pour les forces « démagogiques » et les « extrêmes », fortes de solutions « beaucoup plus rapides » mais « simplistes ».
Face à ce tableau, Emmanuel Macron appelle à « reprendre le contrôle » des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle, dont les algorithmes opaques démultiplient le phénomène. C’est l’un de ses derniers combats avant de quitter le pouvoir au printemps. Il espère encore interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, malgré les obstacles juridiques, un objectif partagé de l’autre côté des Pyrénées où le seuil est fixé à 16 ans. « C’est une bataille européenne », a-t-il lancé.
L’Europe, justement, doit accepter une « simplification » drastique pour « retrouver de l’efficacité collective », et se donner les moyens d’« innover » en investissant massivement, via un budget « à la hauteur des enjeux » et doté de nouvelles ressources propres. Le diagnostic est sévère. Malgré un « réveil » provoqué par le Covid, la guerre en Ukraine et le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, le continent reste « trop lent » face à la Chine et aux États-Unis, « deux immenses puissances hostiles à l’idée européenne » pour la première fois de leur histoire.
Le message trouve un écho particulier en France, à l’approche de la présidentielle. En 2017, au soir de sa première élection, Emmanuel Macron promettait de « tout » faire pour que les Français « n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes ». Il s’apprête à quitter le pouvoir sans y être parvenu, et Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national, part favorite pour lui succéder. Les forces situées aux deux extrémités de l’échiquier cumulent plus de 55 % des intentions de vote.
L’Espagne n’est pas épargnée. Pedro Sanchez, affaibli par des démêlés judiciaires et une grave crise du logement, voit se profiler des législatives sous la menace d’une alliance entre la droite et l’extrême droite. Arrivés au pouvoir au même moment, entre 2017 et 2018, le centriste français et le socialiste espagnol n’ont jamais affiché une grande proximité, malgré une même fibre pro-européenne. Ils ont pourtant des intérêts à défendre ensemble, alors que se négocie le budget de l’Union. Paris cherche à Madrid un allié face à plusieurs pays, dont l’Allemagne, réticents à une hausse trop forte de ce budget comme au recours à l’emprunt commun.
Une ombre subsiste sur la visite. Le Sénat espagnol, sous l’impulsion de la droite, a refusé de ratifier le traité d’amitié franco-espagnol, paraphé en 2023 à Barcelone par les deux dirigeants.
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