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Aux Etats-Unis, des bébés se retrouvent seuls au tribunal et personne ne les défend

Des adolescents et leurs nouveau-nés comparaissent sans avocat devant des juges de l’immigration américains. La coupe des financements de l’aide juridique…

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Aux Etats-Unis, des bébés se retrouvent seuls au tribunal et personne ne les défend

Des adolescents et leurs nouveau-nés comparaissent sans avocat devant des juges de l’immigration américains. La coupe des financements de l’aide juridique aux mineurs isolés laisse des milliers de jeunes livrés à eux-mêmes dans une procédure qui les dépasse.

Un bébé traverse la salle en courant, sème des jouets derrière lui et pleure à gros sanglots. Sa mère, 17 ans, tente tant bien que mal de suivre ce qui se dit. Nous sommes dans un tribunal de Louisiane, et l’audience doit trancher leur demande d’asile. Aucun avocat n’est assis à côté d’eux. Roxana Avila-Cimpeanu, du Florence Immigrant & Refugee Rights Project, est tombée sur cette scène. Elle défend des migrants depuis une dizaine d’années et affirme n’avoir jamais vu une offensive aussi organisée d’un gouvernement contre des enfants.

Tout part d’une décision de l’administration Trump. En 2025, elle a voulu supprimer les financements de l’Office of Refugee Resettlement. Cette agence fait vivre un réseau national d’organisations qui apportent une aide juridique aux mineurs non accompagnés, qu’ils soient placés en foyer d’accueil ou confiés aux services sociaux. Un juge fédéral a bloqué la mesure. Les versements, eux, ont cessé malgré tout. Dans la foulée, le contrat qui reliait l’Etat à l’Acacia Center for Justice, tête de pont d’une centaine d’associations, a été résilié.

L’argent public devait désormais couler à une seule condition. Les structures bénéficiaires devaient transmettre des informations confidentielles sur les personnes qu’elles représentaient, soit environ 20 000 enfants. Pour les avocats, hors de question de s’y plier sans trahir leurs règles déontologiques. « Nous n’étions pas en mesure de le faire, c’est pour cela qu’ils ont coupé les financements pendant six mois », explique Roxana Avila-Cimpeanu.

Le précédent qu’elle évoque donne le vertige. En 2018, un nourrisson de quelques mois avait déjà dû se présenter devant un juge. « Nous avons dû dire que le bébé contestait les accusations portées contre lui. C’est tout à fait absurde, mais cela fait partie de la procédure », raconte-t-elle. Le phénomène n’a rien d’un cas isolé. Au Texas, 25 enfants, dont certains sans avocat, se sont retrouvés face à un juge de l’immigration.

Pour remplacer le réseau écarté, l’administration a misé sur d’autres acteurs. Elle a envisagé de confier les demandes d’asile à Burke Law Group, une entreprise dont la fondatrice a servi sous le premier mandat de Donald Trump. Elle a aussi fait appel à Our Rescue, une structure créée par un ancien conseiller du président sur l’exploitation sexuelle des enfants et aujourd’hui dirigée par un enquêteur de la police de l’immigration. Ce contrat a été suspendu, des questions ayant été soulevées sur l’utilisation des fonds fédéraux.

Des élus démocrates ont écrit au gouvernement pour faire part de leur « profonde inquiétude ». Confier « une population vulnérable à des entreprises manifestement incapables de remplir cette mission » leur paraît inacceptable. « La protection légale des enfants ne devrait jamais servir de monnaie d’échange dans le clientélisme politique », ont-ils ajouté. De son côté, l’Office of Refugee Resettlement assure avoir versé des fonds pour le reste de l’année à l’USCRI, un organisme selon lui présent à chaque audience et qui a élargi son offre de conseils et de représentations. Bilal Askaryar, de l’Acacia Center for Justice, ne partage pas cet optimisme. L’USCRI, souligne-t-il, compte bien moins d’avocats que les 800 mobilisés par son propre réseau. « Pour nous, il ne s’agit pas d’un contrat. Ce n’est pas un différend entre une organisation et le gouvernement. Il s’agit de 20 000 enfants arrivés aux Etats-Unis en quête de sécurité. »

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