Europe
L’Espagne fait claquer ses casseroles pour le droit au logement
Des concerts de casseroles ont retenti devant plusieurs hôtels de ville du pays pour exiger des mesures face à la crise du logement. À Madrid, la colère…


Des concerts de casseroles ont retenti devant plusieurs hôtels de ville du pays pour exiger des mesures face à la crise du logement. À Madrid, la colère prend aussi la forme d’un vaste campement sur la Puerta del Sol.
Des centaines de personnes ont transformé les abords de l’hôtel de ville de Madrid en caisse de résonance. Casseroles, couvercles et ustensiles divers ont battu l’inox, jeudi, pour forcer l’attention à la veille d’une échéance décisive. Le même tintamarre a gagné Barcelone, Cordoue et plusieurs autres villes du pays.
Alicia del Rio, porte-parole du Syndicat des locataires de Madrid, résume l’état d’esprit qui anime le rassemblement. « Il est temps d’écouter les gens dans la rue et de cesser les calculs partisans », lance-t-elle alors que les clés tintent et que les sifflets fusent. Ivan Mantilla Cuenca, étudiant de 28 ans, frappe un couvercle avec une cuillère en bois. « C’est une autre manière de nous faire entendre. La situation ne peut pas continuer ainsi », souffle-t-il.
Le Parlement doit se prononcer vendredi sur deux décrets-lois adoptés deux jours plus tôt. Les textes prévoient de durcir les règles autour de l’expulsion des locataires jugés vulnérables et d’empêcher les fonds d’investissement surnommés « fonds vautours » d’agir sur le marché du logement. Le Parti populaire, qui administre la capitale, a déjà fait savoir que ses députés voteraient contre. Dans une assemblée très morcelée, la coalition au pouvoir pourrait éprouver les plus grandes difficultés à réunir une majorité.
Pedro Sanchez, au pouvoir depuis 2018, a appelé les parlementaires à la « responsabilité ». Il a plaidé pour que les idéologies et les clivages partisans soient mis de côté au profit d’une question qui relève, selon lui, « tout simplement de l’humanité ». Un ton qui dit l’urgence ressentie par l’exécutif.
La difficulté d’accès au logement ronge le quotidien des Espagnols depuis des années. L’expulsion, le 23 septembre, de Maricarmen Abascal a mis le feu aux poudres. Cette retraitée madrilène de 87 ans a dû quitter l’appartement où elle vivait depuis 71 ans, à la demande d’une société immobilière propriétaire des lieux qui voulait fortement augmenter son loyer. Devenue le visage de la crise, elle pourra finalement retrouver son chez-elle grâce à un accord scellé lundi avec l’entreprise.
Depuis samedi soir, des centaines de tentes ont poussé sur la Puerta del Sol, au cœur de Madrid. Des campements plus modestes ont également vu le jour ailleurs dans le pays. Autant de signes que la mobilisation ne retombe pas, et que le dossier du logement s’installe durablement au centre du débat public espagnol.
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