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Ces mégafeux qui courent désormais plus vite que les pompiers

La Gironde et les Landes ont connu leur été le plus destructeur depuis des décennies, avec des dizaines de milliers d’hectares partis en fumée. Face à des…

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Ces mégafeux qui courent désormais plus vite que les pompiers

La Gironde et les Landes ont connu leur été le plus destructeur depuis des décennies, avec des dizaines de milliers d’hectares partis en fumée. Face à des incendies capables de dépasser leurs moyens, les soldats du feu demandent du matériel et une autre façon d’aménager la forêt.

C’est une saison qui laissera des traces. Environ 98 000 hectares ont brûlé en France cet été, un niveau jamais atteint depuis 1976, et près de la moitié de cette surface se concentre dans le seul massif des Landes de Gascogne. Le mégafeu de Saumos, avec ses 42 000 hectares, est venu menacer les portes de Bordeaux. Dans les Landes, 6 000 hectares ont été ravagés. Le colonel Arnaud Fabre, qui dirige les secours du département, parle d’une ampleur inconnue jusqu’ici, nourrie par des vagues de chaleur très précoces. Son homologue girondin Marc Vermeulen l’affirme sans détour, cette saison restera gravée dans la mémoire de ses troupes.

Le 21 juillet, deux sapeurs-pompiers sont morts en intervention près de Bordeaux. Le lendemain, à Saumos, le feu échappait à tout contrôle et donnait naissance à un orage de feu, un pyrocumulonimbus. Au Porge, plus de 180 maisons ont été détruites. Ce phénomène, bien documenté au Canada ou en Australie, était redouté en France, mais pas avant vingt ou vingt-cinq ans selon Marc Vermeulen. Sur le terrain, des pompiers n’ont pas réussi à distancer les flammes même en roulant à 80 km/h, contraints de se replier et de se protéger. Beaucoup ont eu peur, admet-il, saluant au passage un engagement total des équipes. Un tel brasier consume l’équivalent de 70 terrains de rugby à la minute et dégage une puissance au-delà du seuil de la douleur à cinquante mètres.

Avec le réchauffement, les saisons de feu s’étirent, les sécheresses se répètent et les événements extrêmes pompent l’énergie des secours. Marc Vermeulen prévient que les impacts du climat vont plus vite que leur armement, pendant que les équipes, fatiguées, décrivent un jour sans fin. La riposte passe par plusieurs leviers. Affiner la doctrine d’attaque des feux naissants selon le végétal disponible. Garder des moyens aériens près du massif et capables de voler la nuit. Après les incendies de 2022 en Gironde, des élus avaient réclamé en vain des Canadairs basés dans le Sud-Ouest. Arnaud Fabre salue lui l’hélicoptère lourd Chinook prêté par l’Australie, fort de 11 000 litres, le double d’un Canadair, et apte à intervenir de nuit. Il vante aussi l’école landaise du feu et son réseau de citernes, de puits et de pistes.

Reste une crainte plus lourde encore, celle de voir plusieurs mégafeux frapper en même temps ou se répéter sur un même territoire, dans des conditions qui pourraient se réunir n’importe où dans l’Hexagone, des Vosges à la Bretagne. Les pompiers planchent sur la question avec des chercheurs pour avancer vite. Dans les rangs, la colère monte, car le financement des services départementaux reste un dossier ancien, et plusieurs milliers de soldats du feu se mobilisent à Paris. Marc Vermeulen appelle à repenser l’interface entre la forêt et l’habitat en Gironde, en installant des coupures de combustible, et à du matériel roulant plus rustique, moins chargé en électronique et en normes environnementales. Éviter que le feu démarre, résume Arnaud Fabre, voilà l’essentiel, en limitant l’accès au massif, les barbecues et les travaux en forêt.

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