Faits Divers
Un détenu de 34 ans meurt après avoir consommé de l’héroïne en prison, sa famille attaque l’État
Incarcéré à la maison d’arrêt de Besançon, John Gheidene est décédé le 29 décembre 2023 dans une cellule surpeuplée, après avoir absorbé un mélange…


Incarcéré à la maison d’arrêt de Besançon, John Gheidene est décédé le 29 décembre 2023 dans une cellule surpeuplée, après avoir absorbé un mélange d’héroïne et de médicaments. Ses proches estiment que l’administration pénitentiaire n’a pas protégé un homme qu’elle savait fragile et réclament une indemnisation devant le tribunal administratif.
Le 29 décembre 2023, John Gheidene meurt dans sa cellule de la maison d’arrêt de Besançon. Il avait 34 ans et quatre enfants. Dans ces 9 m², deux autres hommes vivent avec lui. L’un d’eux décède le même jour, après avoir consommé le même cocktail d’héroïne et de médicaments. Pour la famille du trentenaire, cette fin n’a rien d’une fatalité et l’établissement en porte une part de responsabilité.
Le parcours de ce détenu ressemble à une suite d’alertes restées sans réponse. Incarcéré le 30 juillet 2023 pour des violences intrafamiliales, il encaisse dès son arrivée les coups d’autres prisonniers. En septembre, il tente de se pendre et se retrouve hospitalisé en psychiatrie sans son consentement. À son retour, il est affecté au « B2 », l’étage que la prison réserve en priorité aux détenus signalés comme fragiles. Il y partage pourtant sa cellule avec deux codétenus, dont un toxicomane, alors que le principe de l’encellulement individuel aurait dû s’appliquer. Les avocats qui défendent ses proches jugent la situation surréaliste et pointent l’absurdité d’avoir réuni deux consommateurs de drogue dans une même pièce. Pour eux, rien de tout cela ne serait arrivé si l’homme avait été pris en charge comme un détenu particulièrement vulnérable, ce qu’il était aux yeux de tous. Ils décrivent un enfer carcéral qui fonctionne de façon artificielle, et une responsabilité qui remonte jusqu’au directeur de l’établissement, tenu de préserver l’intégrité physique des personnes qui lui sont confiées.
La pression qui pèse sur cette prison ne date pas de ce drame. Au moment des faits, l’établissement accueillait 430 détenus pour 276 places, soit un taux d’occupation de 156 %. Depuis, la situation ne s’est pas détendue et ce taux frôle désormais les 166 %. Ouverte en 1885, la maison d’arrêt souffre d’une vétusté ancienne et d’une désorganisation profonde, aggravée par le manque de personnel, comme l’a relevé en mars l’autorité indépendante chargée de contrôler les lieux de privation de liberté, après une visite effectuée en 2024.
Le volet judiciaire, lui, a déjà connu une première étape. L’homme qui avait fourni la drogue aux deux défunts a été condamné en février 2025 à quatre ans de prison pour homicide involontaire. Sa compagne a écopé de six mois pour avoir fait entrer les stupéfiants lors d’un parloir. Côté administration pénitentiaire, on insiste sur un point, aucun agent n’a été mis en cause dans cette procédure. La même administration assure lutter chaque jour contre les trafics dans l’établissement, notamment grâce à des filets antiprojections, et rappelle que plus de 1.000 fouilles de cellules ont été menées en 2023, l’année du décès, ainsi que deux vastes opérations de fouille sectorielle. Reste la question de la responsabilité de l’État, que la famille veut faire trancher. Ses conseils ont saisi le tribunal administratif de Besançon le 13 septembre. Les ayants droit réclament une indemnisation des préjudices liés à ce décès, et la juridiction devrait se pencher sur le dossier dans un délai d’environ un an.
Ce cas concentre, à lui seul, tout ce qui dysfonctionne dans les maisons d’arrêt françaises, résument les avocats de la famille. Surpopulation, insalubrité, fragilité psychique des détenus, trafics de drogue et de médicaments s’y additionnent. Les prisons de l’Hexagone sont pointées depuis des années, y compris par la Cour européenne des droits de l’Homme, pour leur surpopulation chronique, leurs conditions de vie dégradées et leur pénurie de personnel. Plusieurs centaines de personnes meurent chaque année dans un lieu privatif de liberté en France, sans que leur nombre exact soit connu, et le taux de suicide en détention compte parmi les plus élevés d’Europe.
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