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Le Nigeria retient son souffle avant la présidentielle
La campagne s’ouvre avec l’inflation et l’insécurité en toile de fond. L’opposition éclatée pourrait laisser la voie royale à Bola Tinubu


La campagne s’ouvre avec l’inflation et l’insécurité en toile de fond. L’opposition éclatée pourrait laisser la voie royale à Bola Tinubu
La campagne pour la présidentielle s’ouvre officiellement ce mercredi au Nigeria, cinq mois avant le passage aux urnes. Le pays le plus peuplé d’Afrique, avec environ 240 millions d’habitants, aborde ce rendez-vous dans une atmosphère lourde. L’économie plombée par les réformes du président sortant, la flambée du coût de la vie et la violence des groupes armés dominent déjà les discussions.
Bola Tinubu, 74 ans, élu en 2023, brigue un second mandat. Son premier passage au pouvoir a été marqué par un pari audacieux. Il a supprimé une subvention aux carburants qui maintenait les prix de l’essence artificiellement bas depuis des décennies, malgré la place de premier producteur de pétrole qu’occupe le Nigeria. Les milieux financiers ont salué ces réformes. Mais elles ont fait chuter le naira et poussé l’inflation jusqu’à 34%, avant une retombée à 15,4% en juillet dernier. Sur le terrain, la pauvreté s’est creusée. La Banque mondiale estime que 61% de la population vivait sous le seuil de pauvreté en 2025, contre 40% en 2019.
Le pays doit aussi composer avec des crises sécuritaires multiples. Les jihadistes tiennent une partie du nord-est, les bandits sèment la terreur dans le nord et le centre, les fermiers et les éleveurs s’affrontent pour les terres, et le sud-est reste miné par une rébellion séparatiste. Les violences se sont aggravées depuis 2024, notamment dans l’Etat de Borno, épicentre de l’insurrection. Les analystes pointent une expansion du banditisme armé et des affrontements de plus en plus fréquents.
Du côté de l’opposition, l’ambiance est à la guerre interne. En 2023, Tinubu avait gagné avec 36,6% des voix, devant Atiku Abubakar à 29% et Peter Obi à 25%. Cette fois, Obi repart avec Rabiu Kwankwaso comme colistier, lui qui avait réuni environ 6% des suffrages au dernier scrutin. Mais les divisions et les procédures judiciaires ont affaibli ce camp. Face à eux, le président sortant peut s’appuyer sur une machine politique solide. Son parti contrôle l’Assemblée nationale et 31 des 36 gouvernorats.
Dans les rues, les électeurs hésitent. Afolayan Abdullahi, un fonctionnaire de 42 ans à Lagos, dit vouloir revoter pour Tinubu. Pour lui, les principales inquiétudes restent l’économie et le prix de la vie. À Abuja, la vendeuse Becky Alegbe ne sait pas si elle fera le déplacement jusqu’à son village de l’Edo. Les terroristes et les kidnappeurs lui font peur, le transport coûte cinq fois plus cher, et elle redoute les achats de voix qui ont déjà gâché les scrutins précédents. En 2023, seuls 27% des électeurs inscrits avaient voté. De quoi montrer que la confiance, elle aussi, est sur la table.
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