Monde
Le Gabon referme la porte de la liberté
Promesses de démocratie, réalité musclée. Au Gabon, le président Oligui Nguema fait taire les opposants et les critiques, six ans après avoir mis fin à la…


Promesses de démocratie, réalité musclée. Au Gabon, le président Oligui Nguema fait taire les opposants et les critiques, six ans après avoir mis fin à la dynastie Bongo.
En août 2023, la chute de la famille Bongo après 55 ans de pouvoir a provoqué des scènes de joie à Libreville. Le général Brice Clotaire Oligui Nguema, à la tête de la junte, promettait des institutions plus démocratiques. Il a été élu triomphalement en avril 2025 avec près de 95% des voix. Mais depuis son installation, l’espoir d’un véritable changement s’efface. La répression se répète contre les opposants, les journalistes et les simples citoyens qui osent critiquer le pouvoir.
L’influenceuse Nelly Ngabima, connue sous le nom de Princesse de Souba sur TikTok avec environ 250 000 abonnés, en a fait l’amère expérience. Elle raconte avoir reçu des menaces de l’entourage du président. Une proche collaboratrice d’Oligui Nguema a même menacé son père, selon un message vocal consulté par une agence de presse. La France lui a accordé le statut de réfugié en 2024. En novembre 2025, plusieurs de ses comptes sur les réseaux sociaux ont été suspendus après une vidéo sur la famille Bongo. Peu après, la page Facebook du principal opposant Alain-Claude Bilie-By-Nze a disparu à son tour, avant d’être rétablie six mois plus tard.
Les arrestations se multiplient. Trois journalistes de la presse indépendante en ligne ont été détenus pendant plusieurs jours entre août 2025 et janvier 2026 pour avoir publié des contenus défavorables au pouvoir. En pleine grève des enseignants fin janvier, deux syndicalistes ont été arrêtés et emprisonnés une semaine après des vidéos devenues virales. En février, les autorités ont suspendu Facebook, WhatsApp, Instagram et TikTok, prétextant un risque de conflits sociaux et de déstabilisation des institutions. Cette suspension est toujours en vigueur plus de quatre mois plus tard, même si de nombreux Gabonais la contournent avec des VPN.
Pour Jean-Valentin Leyama, un ancien député d’opposition, le revirement est clair. Pendant la transition, le président devait se montrer sous son meilleur jour pour gagner l’élection. Une fois élu, la répression a surpris tout le monde. L’emprisonnement d’Alain-Claude Bilie-By-Nze mi-avril, pour une dette contractée en 2008, est vu par son avocat comme un prétexte pour le rendre inéligible en vue de la présidentielle de 2032. Le vice-président de son parti met en garde chaque Gabonais ce qui arrive à un opposant peut arriver à tous. Dans une vidéo devenue symbole, un homme interrogé sur une grève d’enseignants refuse de répondre par peur des représailles. Certains estiment que la parole était plus libre sous les Bongo. Le président Oligui Nguema, lui, assure ne pas intervenir dans les affaires judiciaires. Mais ses actes parlent plus fort que ses discours la contradiction entre les promesses de la transition et la pratique du pouvoir se creuse chaque jour.
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