Société
Des centaines de journalistes dans la rue pour sauver leur métier
Sous une chaleur écrasante, des professionnels de la presse ont défilé jeudi à Paris pour tirer la sonnette d’alarme. Leur message est implacable…


Sous une chaleur écrasante, des professionnels de la presse ont défilé jeudi à Paris pour tirer la sonnette d’alarme. Leur message est implacable : l’information est en danger, et avec elle, la démocratie.
Ils étaient plusieurs centaines à s’être donné rendez-vous place de la Bourse, au pied du siège de l’AFP. Le cortège a traversé la capitale jusqu’au ministère de la Culture, portant une banderole claire : « Défendons l’information, notre bien commun au service de la démocratie ». Dans les rangs, l’ambiance était grave mais déterminée. Un journaliste présent résumait le sentiment général : d’habitude, on fait grève pour un motif concret. Là, c’est pour défendre des valeurs, pour alerter le public. Un cofondateur de média en ligne a même estimé que le métier n’avait jamais été aussi fragilisé en cinquante ans de carrière.
Derrière ce cri d’alarme, une réalité économique brutale. Le modèle qui faisait vivre la presse s’effondre. Les lecteurs sont moins prêts à payer pour l’information, et les revenus publicitaires ont été aspirés par les géants du numérique. Résultat, les plans d’économies et les suppressions de postes se multiplient. La presse régionale comme les magazines sont touchés. Un groupe connu a annoncé la suppression de 40 % de ses effectifs, soit près de 280 postes. En tête du défilé, des manifestants portaient même un cercueil rouge à son nom, symbole de ce qu’ils considèrent comme un assassinat programmé. Un autre groupe, qui édite huit quotidiens, a dévoilé son sixième plan social en douze ans, avec 152 emplois supprimés. Les syndicats redoutent aussi des coupes dans d’autres titres régionaux.
L’intelligence artificielle ajoute une couche d’angoisse. Un groupe spécialisé prévoit de remplacer 19 postes de journalistes correcteurs par cinq « chefs d’édition » assistés par l’IA. Les grandes entreprises d’IA refusent de payer pour utiliser les contenus produits par les rédactions. Dans la manif, les slogans étaient sans ambiguïté : « Dans la presse, l’IA c’est caca » ou « ChatGPT a-t-il sa carte de presse ? ». Des responsables politiques présents ont souligné que cette crise n’est pas qu’un problème de professionnels. C’est une question démocratique qui concerne tout le monde, quel que soit son bord. Car sans journalistes sur le terrain, qui ira chercher l’information ?
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