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La haine en ligne, prélude aux lames

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Au Brésil, la banalisation des discours masculinistes sur les réseaux sociaux inquiète les autorités et les spécialistes, qui y voient un terreau fertile pour les passages à l’acte violents contre les femmes.

Une jeune femme de vingt ans a subi une agression d’une extrême violence après avoir décliné les avances répétées d’un homme. L’individu, qui lui envoyait des cadeaux, a forcé sa porte un mois plus tard pour la frapper à de multiples reprises. L’intervention de la mère a permis de mettre fin à l’assaut. La victime, grièvement blessée, a dû être placée dans un coma induit et a subi plusieurs interventions chirurgicales.

Dans le même temps, des vidéos circulant sur une plateforme populaire montrent des hommes s’entraînant à frapper des mannequins, accompagnées de mentions évoquant explicitement le refus féminin. La mère de la victime affirme que l’agresseur consultait ce type de publications. Ces contenus, qui se multiplient, soulèvent des interrogations sur leur influence dans un pays où les féminicides ont atteint un niveau record l’an dernier.

Des éléments troublants apparaissent régulièrement dans l’actualité judiciaire. Un suspect dans une affaire de viol collectif s’est présenté aux forces de l’ordre arborant un slogan couramment utilisé dans les milieux masculinistes. Un policier, arrêté pour le meurtre de son épouse, se décrivait dans des messages comme un « mâle alpha » exigeant une compagne « bêta et soumise ». Pour les chercheurs, ce discours, présent à l’échelle internationale, contribue à légitimer et à encourager les violences.

Les autorités brésiliennes pointent le rôle significatif de cette misogynie numérique. Une responsable gouvernementale dénonce un discours haineux qui menace de faire régresser la société. Une étude académique révèle l’ampleur du phénomène, avec des chaînes en ligne rassemblant des millions d’abonnés. Les enquêteurs spécialisés décrivent un processus de radicalisation, partant d’une critique du féminisme pour aboutir à la consommation de contenus extrêmes, y compris des scènes d’agressions physiques et de viols.

Autrefois cantonnés aux zones obscures du web, ces propos sont désormais facilement accessibles. Sur certaines messageries, des groupes diffusent des mèmes faisant l’apologie du viol ou des vidéos de violences. Les femmes y sont parfois catégorisées selon des critères odieux. Un officier de police fédérale parle d’une déshumanisation systématique d’un genre entier. Récemment, une opération a visé un réseau international diffusant des enregistrements d’agressions sexuelles.

Certaines figures publiques, souvent associées à ces communautés en ligne, défendent une vision du masculinisme centrée sur l’amélioration de la condition masculine et rejettent tout lien avec les féminicides, qualifiant le mouvement de bouc émissaire. Cependant, l’inquiétude des experts se porte particulièrement sur l’exposition des plus jeunes. Des adolescents échangent dans des forums des propos d’une brutalité glaçante, remettant en cause le consentement. Dans les établissements scolaires, des collégiennes témoignent de leur trouble face à des influenceurs tenant des propos ouvertement misogynes.

Face à cette montée, des initiatives législatives tentent d’apporter des réponses. Un projet de loi propose de criminaliser les contenus incitant à la haine et liés à des morts violentes. Un autre, déjà adopté par une chambre du parlement, vise à faire de la misogynie un crime analogue au racisme, puni par des peines d’emprisonnement.

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