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Une mesure municipale sur l’alcool cristallise les tensions à Damas

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La décision des autorités de la capitale syrienne de cantonner la vente de boissons alcoolisées à trois secteurs précis a provoqué un rassemblement de protestation. Les manifestants y voient une atteinte aux libertés individuelles et un risque de division communautaire.

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées ce dimanche dans le quartier historique de Bab Touma, au cœur de Damas. Cette mobilisation, organisée par des acteurs de la société civile, répondait à une récente décision du gouvernorat de la capitale. Celle-ci impose une restriction de la vente d’alcool, désormais limitée à trois quartiers identifiés comme chrétiens, et l’interdit dans les établissements de restauration et de nuit. Les commerces concernés disposent d’un délai de trois mois pour se conformer à cette nouvelle réglementation.

Le rassemblement, silencieux et encadré par les forces de l’ordre, a vu défiler des banderoles affirmant le caractère intangible des libertés individuelles. Pour de nombreux participants, cette mesure dépasse la simple question de la régulation des boissons. Elle est perçue comme un test, un premier pas vers une restriction plus large des espaces de liberté publique dans un contexte politique renouvelé. Certains estiment que les priorités du pays, marqué par une pauvreté endémique et des déplacements massifs de population, devraient se situer ailleurs.

La décision administrative, justifiée par les autorités municipales par des plaintes de riverains et la volonté de préserver les bonnes mœurs, a suscité un vif débat sur les réseaux sociaux. Elle intervient dans un climat déjà tendu, où des mesures antérieures, comme l’imposition de tenues de bain couvrantes sur les plages publiques, avaient alimenté les craintes d’un durcissement conservateur. Le pouvoir en place, issu de la période postérieure à la chute de l’ancien régime, s’était pourtant engagé à protéger les droits des minorités.

Cette focalisation sur des quartiers à majorité chrétienne inquiète précisément ces communautés. Une ministre du gouvernement, appartenant à cette minorité, a exprimé ses réserves, soulignant que ces secteurs ne sauraient être réduits à des zones de consommation et rappelant leur rôle historique dans le tissu social damascène. Des craintes existent quant à une stigmatisation potentielle, dans un pays où la confiance dans la capacité de l’État à protéger tous ses citoyens a été récemment ébranlée par des épisodes de violences communautaires.

Pour les manifestants, qu’ils soient artistes, enseignants ou simples citoyens, l’enjeu est double. Il s’agit à la fois de défendre une liberté personnelle de consommer ou non, et de s’opposer à ce qu’ils analysent comme une politique de fragmentation de l’espace urbain et social. La contestation, pacifique, semble traduire une vigilance accrue de la société civile face à des décisions perçues comme liberticides et potentiellement ségrégatives.

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