Économie
L’Argentine de Milei s’apprête à tourner la page de sept décennies de droit du travail

Le Sénat argentin doit entériner ce vendredi une profonde refonte du code du travail, pierre angulaire du programme du président ultralibéral. Malgré une opposition syndicale déterminée, le texte, qui assouplit les règles d’embauche et de licenciement, devrait être adopté, cristallisant un profond clivage dans la société.
Le pouvoir exécutif semble en passe de remporter une bataille législative majeure. Après des semaines de tensions et une grève générale, le projet de loi sur la « modernisation du travail » a recueilli un soutien suffisant au Congrès pour franchir l’ultime étape sénatoriale. Les principales centrales syndicales, dont la Confédération générale du travail (CGT), reconnaissent l’impuissance de leur bras de fer parlementaire et préparent déjà un recours devant les tribunaux, arguant de l’inconstitutionnalité du texte.
Cette réforme modifie substantiellement les équilibres historiques des relations professionnelles. Elle introduit une plus grande flexibilité dans les procédures de licenciement, revoit à la baisse le barème des indemnités et permet d’étendre la durée journalière du travail. Par ailleurs, la définition élargie des services essentiels pourrait restreindre l’exercice du droit de grève. Pour le gouvernement, ces mesures visent à combler un retard structurel et à stimuler la création d’emplois formels dans une économie où le secteur informel reste prépondérant.
Les réactions du monde économique sont nuancées. Si les représentants du patronat saluent une initiative destinée à réduire la judiciarisation des conflits, ils tempèrent les attentes sur une embauche immédiate. Une récente enquête auprès des industriels indique que la grande majorité d’entre eux ne prévoit pas d’augmenter ses effectifs dans le trimestre à venir, une frange significative anticipant même des réductions. Le principal frein cité reste la faiblesse persistante de la demande intérieure.
Ce contexte économique offre un tableau contrasté. La croissance a certes repris en 2025, portée par les exportations agricoles et minières, mais des secteurs clés comme l’industrie et le commerce restent en difficulté. La rigueur budgétaire appliquée depuis deux ans a permis une nette décélération de l’inflation, mais elle pèse sur le pouvoir d’achat et la consommation. Cette période a également été marquée par une destruction nette d’emplois, tous secteurs confondus.
L’opinion publique apparaît divisée sur le bien-fondé de cette réforme, reflétant les fractures d’une société argentine en pleine mutation. L’adoption définitive de la loi constituerait une victoire politique significative pour l’exécutif, confirmant un rapport de force qui s’est déplacé en sa faveur depuis les élections législatives de l’automne dernier. Le chef de l’État devrait d’ailleurs mettre en avant cet acquis lors de son prochain discours annuel devant le Congrès, tandis que l’opposition syndicale et judiciaire prépare déjà la suite de la confrontation.

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