Nous rejoindre sur les réseaux

Société

Un million de seniors ne franchissent plus jamais leur porte

Ne plus sortir de chez soi, renoncer à voir ses proches, laisser filer sa vie entre quatre murs. C’est le quotidien d’environ un million de personnes…

Article

le

Un million de seniors ne franchissent plus jamais leur porte

Ne plus sortir de chez soi, renoncer à voir ses proches, laisser filer sa vie entre quatre murs. C’est le quotidien d’environ un million de personnes âgées en France, un chiffre qui devrait grimper à mesure que la population vieillit.

Une étude menée auprès de 1 824 personnes de 60 ans et plus le confirme. Environ 5 % d’entre elles vivent une situation d’assignation à résidence. Rapporté à l’ensemble du pays, cela représente près d’un million de seniors qui ne passent presque plus le seuil de leur logement. Pas de transports en commun, pas de voiture, et parfois même plus la force de marcher quinze minutes. Le domicile se referme alors sur eux comme une bulle dont ils ne sortent plus.

Michel, 88 ans, habite un village de Haute-Saône depuis plus de quarante ans. Devenu malvoyant, il ne s’aventure seul que jusqu’à ses poules, élevées sur son terrain. « Je supporte la situation, je n’ai pas le choix », lâche-t-il. Sans bus ni véhicule, il attend le samedi pour que sa petite-fille le conduise en voiture chez son frère, dans une ville voisine. Le reste du temps, il reste chez lui.

Les obstacles s’empilent. La condition physique d’abord, près de la moitié des personnes interrogées souffrant de douleurs qui entravent leurs déplacements. Le cadre de vie ensuite, entre trottoirs abîmés, bancs absents et réseaux de transport inexistants. À cela s’ajoutent des freins psychologiques, un simple trajet devenant une prise de risque. À Marseille, Rita, 82 ans, se « force » pourtant à sortir régulièrement pour croiser du monde. « Il faut faire attention à tout », confie-t-elle, racontant qu’un inconnu l’a aidée à traverser avant de glisser la main dans son sac. Sans famille, avec des amis qui vieillissent eux aussi, elle continue malgré la peur.

Les conséquences dépassent la simple question du trajet. Le lien social s’effrite, jusqu’à la rupture. Selon l’étude, 2,5 millions de personnes âgées ont renoncé au moins une fois en un an à voir des proches, faute de pouvoir se déplacer. Certaines abandonnent même des soins pour la même raison. Plus de trois millions se sentent isolées à cause de leurs possibilités limitées de bouger. Et le phénomène ne va pas se tasser, puisque les plus de 65 ans pourraient peser 26,6 % de la population en 2040, contre 22,2 % aujourd’hui.

Face à ce constat, l’association à l’origine de l’étude appelle à un « plan piéton » pour rénover les trottoirs et aménager des espaces publics accueillants, avec bancs, zones d’ombre et toilettes. Elle plaide aussi pour une mobilité solidaire, à travers le transport à la demande. Certaines communes montrent déjà la voie, à l’image d’Autun, en Saône-et-Loire, labellisée « ville amie des aînés », qui a installé des bancs à accoudoirs pour se relever facilement et créé un tiers lieu dédié au vieillissement.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus