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Six heures de queue chaque jour pour un seul repas à Gaza

Nihaya Al-Masri passe une partie de ses journées debout devant une cuisine communautaire du sud de la bande de Gaza, à attendre de quoi nourrir ses huit…

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Six heures de queue chaque jour pour un seul repas à Gaza

Nihaya Al-Masri passe une partie de ses journées debout devant une cuisine communautaire du sud de la bande de Gaza, à attendre de quoi nourrir ses huit enfants. Un an après le cessez-le-feu, la nourriture reste rare et des centaines de milliers de personnes vivent toujours dans une insécurité alimentaire aiguë.

Chaque matin, Nihaya Al-Masri quitte sa tente de Khan Younès et part se poster devant un point de distribution géré par des humanitaires. Six heures d’attente avant de repartir les bras chargés de quatre barquettes, remplies de riz, de lentilles et d’un peu de poulet. C’est tout ce que cette femme de 35 ans rapporte pour sa famille, serrée sous un abri de fortune avec ses huit enfants, âgés de trois à 14 ans.

Ce repas sera le seul de la journée. Pas de petit-déjeuner, pas de dîner non plus, car la farine est devenue introuvable et il faut l’économiser au maximum. Sans ce point de distribution gratuit, cette famille n’aurait « rien du tout », souffle-t-elle. Son mari, touché aux jambes lors d’une frappe, ne peut pas se mêler aux files d’attente et « aller se battre avec les autres » pour décrocher de quoi manger.

Les enfants « rêvent de manger des fruits », mais leur mère n’a « pas les moyens d’en acheter ». L’un des petits a souffert de malnutrition, avant que son état ne s’améliore « petit à petit ». Ces épisodes laissent des traces profondes. Manquer de nourriture, et surtout de nutriments essentiels, fragilise le système immunitaire des enfants, les rend plus vulnérables aux maladies et freine leur croissance. Le Programme alimentaire mondial le résume sans détour. Les crises de malnutrition aiguë répétées chez les enfants sont des épreuves dont les êtres humains ne se remettent tout simplement pas, et les séquelles cognitives comme physiques persistent toute leur vie.

Sur place, la réalité reste « extrêmement grave », selon le PAM. Quelque 1,4 million de personnes, sur 2,1 millions d’habitants, sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë. Et 200.000 d’entre elles frôlent toujours le seuil de la famine. Un tableau qui tranche avec l’évaluation d’un responsable de l’organisme du ministère israélien de la Défense chargé des affaires civiles, pour qui la situation est « stable » et il y a « largement assez de nourriture ». En août 2025, un cadre de l’ONU avait proclamé l’état de famine à Gaza, une annonce qu’Israël avait balayée en parlant de « mensonges ». Fin 2025, les Nations unies avaient finalement estimé que le territoire n’était plus en situation de famine, après le cessez-le-feu et une hausse de l’aide humanitaire.

Le PAM pointe un autre problème, celui de la diversité des aliments. Les produits riches en protéines existent bien sur les marchés, mais restent inabordables pour la grande majorité des Gazaouis. À l’hôpital Nasser de Khan Younès, la responsable du service de malnutrition dit avoir « constaté une augmentation des syndromes et des pathologies » liés à la malnutrition. Un rapport de Médecins du monde établit que 93% des femmes enceintes et allaitantes présentent des symptômes d’anémie, souvent liés à la malnutrition, et que seules 17% d’entre elles ont une alimentation assez variée pour couvrir leurs besoins.

Pendant ce temps, Nihaya Al-Masri poursuit sa tournée quotidienne. Elle souffre d’asthme et se dit épuisée. Sa tente, « abîmée et déchirée », ne la protège plus vraiment. Tandis qu’elle fait la queue, ses enfants passent de longues heures à ramasser des morceaux de nylon, du carton, de la mousse, pour tenter de colmater leur abri. Elle juge « honteux » de devoir les mettre ainsi à contribution. « Je le jure devant Dieu, ce n’est pas normal. »

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