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Casseroles, pneus brûlés et nuits sans courant, la colère gronde au Venezuela

Des quartiers entiers s’organisent chaque nuit pour dénoncer des coupures d’électricité devenues invivables. Le pays qui veut relancer son pétrole…

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Casseroles, pneus brûlés et nuits sans courant, la colère gronde au Venezuela

Des quartiers entiers s’organisent chaque nuit pour dénoncer des coupures d’électricité devenues invivables. Le pays qui veut relancer son pétrole découvre qu’il manque de courant pour faire tourner son économie.

Les routes se figent, les casseroles résonnent et la nuit ne sert plus à dormir. Depuis plusieurs jours, des rassemblements spontanés éclatent un peu partout au Venezuela, et l’électricité en est presque toujours le motif. Sur l’autoroute qui relie l’ouest du pays à Caracas, la circulation a été stoppée par des manifestants qui ont entassé troncs et pneus usés avant d’y mettre le feu, laissant derrière eux un embouteillage interminable. Dans l’État andin du Tachira, à l’ouest, des dizaines de personnes ont bloqué une route après quatre journées entières sans courant. À Caracas, aucune coupure n’est programmée, mais la tension du réseau fait planer la menace d’une panne générale, un scénario qui hante encore les mémoires depuis 2019.

L’ouest du pays connaissait déjà des délestages de trois à quatre heures par jour depuis des années. La situation a changé d’échelle. Le Venezuela, détenteur des plus grosses réserves pétrolières de la planète, traverse aujourd’hui la pire crise électrique de son histoire. Des années de sous-investissement, de corruption et de gestion chaotique du réseau ont fini par produire leurs effets. À Maracaibo, capitale de l’État pétrolier du Zulia, Daiwuin Teran, 49 ans, tient une épicerie et voit passer la lassitude de ses clients. « Les gens sont de mauvaise humeur, ils sont fâchés, ils sont stressés. Le mécontentement se lit sur leurs visages », décrit-il. Et il prévient, « je ne sais pas à quoi ils jouent avec le courant, parce que le problème de l’électricité pourrait être l’étincelle d’une révolte qu’ils ne veulent pas ».

Le quotidien vire à l’épreuve. À Guacara, dans l’État central de Carabobo, zone industrielle située à 160 kilomètres de la capitale, Alexander Montesuma, cuisinier dans une école, ne mâche pas ses mots et qualifie la situation de « catastrophique ». Sa voisine Jaqueline Jiménez raconte le reste. « Ici, avant on n’était jamais privé de courant et maintenant, c’est tout le temps, trois voire quatre fois par jour, au point qu’on ne peut plus acheter de la viande parce qu’elle se gâte. » Des heures sans frigo, sans ventilateur, sans ascenseur, dans un pays où le thermomètre ne redescend guère.

La chaleur ajoute de la pression sur un réseau déjà à bout de souffle. Les températures élevées font grimper la demande, et le dernier pic de consommation a franchi les 16 400 mégawatts fin septembre, un niveau jamais atteint depuis 2017. Les spécialistes estiment pourtant que le pays produit autour de 12 000 mégawatts. Résultat, les délestages se sont installés au cœur du débat politique, de l’opposition comme du camp gouvernemental. Dans les rues, on peut lire « Assez de coupures ! » ou encore « Comment éduquer un pays qui ne dort pas ? ». Alexander Ramírez, boulanger de 44 ans, déplace sans cesse ses fours là où le courant passe encore, seul moyen de continuer à faire son pain. « Nous avons besoin de réponses », réclame-t-il. Une manifestante de Maracaibo résume, elle, d’une phrase. « On est fatigué, on en a marre. »

Du côté du pouvoir, la présidente par intérim Delcy Rodríguez a paraphé des accords avec des multinationales, dont GE Vernova, pour produire 5 000 mégawatts en quatre ans. En août, elle a ordonné la réduction de la journée de travail dans le secteur public afin de soulager le réseau. Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a évoqué lors d’une visite à Caracas un plan étalé sur cinq ans pour remettre le système debout. Cinq ans, quand on passe déjà entre 40 et 80 heures par semaine dans le noir.

Pour Alejandro Grisanti, du cabinet Ecoanalitica, le courant est devenu bien plus qu’une question de confort. « L’électricité est devenue le principal goulot d’étranglement pour la reprise économique du Venezuela », avertit-il. Il pointe un paradoxe redoutable. La croissance elle-même peut creuser le déficit, parce que la demande s’envolera plus vite que la capacité de production. Or le pays a justement besoin de plus d’électricité pour augmenter sa production pétrolière, désormais ouverte aux investissements étrangers, près de dix mois après la capture de Nicolas Maduro par l’armée américaine.

Les plus fragiles encaissent de plein fouet. Isaac Antonio Bracho, 73 ans, souffre d’insuffisance rénale et doit se ménager au maximum. Les coupures nocturnes le privent de climatisation, dans une maison que la chaleur transforme en sauna. Ce militaire retraité de Maracaibo s’évente avec une assiette en carton pendant que la sueur lui coule sur le torse. « Nous allons mal, très mal », souffle-t-il.

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