Europe
Londres affirme que Moscou a pesé sur le vote du Brexit
Le chef du gouvernement britannique déclare pour la première fois disposer de preuves d’une ingérence russe lors du référendum de 2016. Il prévient la…


Le chef du gouvernement britannique déclare pour la première fois disposer de preuves d’une ingérence russe lors du référendum de 2016. Il prévient la France et l’Allemagne que ces tentatives d’influence n’ont pas cessé.
C’est une prise de parole qui tranche avec des années de prudence officielle. Dans un entretien diffusé dimanche, le chef du gouvernement britannique Andy Burnham a affirmé que la Russie s’était immiscée dans le référendum de 2016 sur la sortie de l’Union européenne. Il raconte avoir posé la question dès son arrivée à Downing Street, en demandant s’il y avait eu une ingérence russe lors de ce scrutin, et assure avoir reçu une réponse sans ambiguïté. Oui, lui a-t-on répondu. Aucun de ses prédécesseurs n’avait formulé une telle accusation aussi directement.
Le dirigeant n’est cependant pas entré dans le détail. Il n’a pas précisé de quelle manière Moscou aurait agi, ni sur quels éléments reposent ses déclarations. L’ambassade de Russie à Londres n’avait pas répondu dans l’immédiat aux sollicitations. De son côté, le Kremlin a toujours rejeté en bloc ces accusations, assurant n’avoir jamais touché au vote britannique et décrivant le Royaume-Uni comme un pays gagné par une fièvre anti-russe.
Cette sortie marque une rupture nette avec la position tenue par Boris Johnson, qui avait fait campagne pour la sortie de l’UE et affirmait encore en 2020 qu’aucune preuve d’une ingérence russe n’existait. Un rapport parlementaire britannique sur le renseignement et la sécurité, publié cette même année 2020, concluait d’ailleurs que Londres n’était pas parvenu à déterminer si Moscou s’était mêlé du référendum. Le même document pointait en revanche des tentatives d’influence russes lors du référendum sur l’indépendance de l’Écosse en 2014, un scrutin que les électeurs avaient finalement rejeté.
Pour mesurer l’enjeu, il faut se souvenir du résultat. En 2016, les Britanniques ont voté à 52 % contre 48 % en faveur d’une sortie de l’Union européenne, un choix qui a plongé le pays dans sa plus grave crise politique depuis la Seconde Guerre mondiale. Remettre en cause la sincérité de ce vote revient donc à toucher à la légitimité même d’une décision qui structure encore la vie politique britannique. Andy Burnham, qui a pris ses fonctions en juillet et avait évoqué le mois dernier une possible réintégration du Royaume-Uni à l’Union européenne à l’avenir, s’avance sur un terrain particulièrement sensible.
Son message dépasse toutefois les frontières britanniques. Il appelle les électeurs des démocraties européennes à être mieux informés des manoeuvres qui visent à perturber leur vie politique, et cite explicitement l’Allemagne et la France. Comprendre qu’une partie de cette agitation est orchestrée, et qu’elle vient de Russie, voilà ce qui pourrait selon lui aider les électeurs allemands et français à y voir plus clair. Une manière d’élargir un débat longtemps cantonné au Royaume-Uni, à l’heure où plusieurs pays du continent s’apprêtent à retourner aux urnes.
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