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L’Irlande mise sur 140 milliards de coupes pour réconcilier l’Europe

Pour sortir de l’impasse sur le budget de l’Union, la présidence irlandaise propose de réduire l’enveloppe d’environ 140 milliards d’euros. Un compromis…

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L'Irlande mise sur 140 milliards de coupes pour réconcilier l'Europe

Pour sortir de l’impasse sur le budget de l’Union, la présidence irlandaise propose de réduire l’enveloppe d’environ 140 milliards d’euros. Un compromis censé rapprocher l’Allemagne, partisane de coupes massives, de la France et de ses alliés, qui défendent un budget ambitieux.

Personne ne veut d’un budget européen qui s’enlise. Pour desserrer l’étau, l’Irlande, qui assure la présidence tournante de l’Union, a mis sur la table une idée simple dans son principe. Amputer d’environ 140 milliards d’euros le projet de budget pluriannuel, histoire de rapprocher deux camps que tout sépare. D’un côté l’Allemagne et ses alliés, décidés à raboter massivement les dépenses. De l’autre la France et une partie des Vingt-Sept, qui refusent de voir l’Europe se recroqueviller. Objectif affiché, boucler les discussions avant la fin de l’année, pour éviter qu’elles ne percutent les échéances électorales de 2027, à commencer par la présidentielle française, où l’extrême droite domine les sondages. Un calendrier serré, tant les positions des vingt-sept États membres restent éloignées. Et les législatives anticipées prévues en Espagne pourraient encore décaler la donne.

Concrètement, la présidence irlandaise propose de raboter de 8 % l’enveloppe initiale présentée par la Commission pour la période 2028-2034. Les économies viendraient surtout du programme d’aide au développement Global Europe, des dépenses administratives et du volet compétitivité. En revanche, les deux politiques historiques de l’Union, l’agriculture et la cohésion sociale et territoriale, seraient globalement épargnées, sans toucher aux montants versés aux États membres. Dublin suggère aussi de dégager 55 milliards d’euros de ressources propres supplémentaires, sans alourdir la facture des capitales, notamment grâce à une taxe sur les grandes entreprises et à la fiscalité environnementale. Ces pistes seront au menu d’un sommet des chefs d’État et de gouvernement à Bruxelles. Le ministre irlandais des Affaires européennes Thomas Byrne veut y croire. Il reste du chemin à faire, reconnaît-il, en espérant que ces propositions aideront à accélérer les débats.

Le compromis n’a pas convaincu les pays frugaux. Le chancelier allemand Friedrich Merz a jugé que les économies proposées ne faisaient pas le poids, répétant que le budget doit rester soutenable pour ceux qui en financent la plus grosse part. La ministre suédoise des Affaires européennes Jessica Rosencrantz a carrément qualifié la proposition de déraisonnable, réclamant des coupes encore plus franches. Côté français, on se pose en équilibre entre les super frugaux, qui veulent des coupes massives tout en gardant leur rabais et condamnent le budget à une forme de régression, et les amis de la cohésion, ces dix-sept pays du sud et de l’est qui réclament davantage pour l’agriculture et la cohésion.

La bataille dure depuis que la Commission européenne a proposé une enveloppe globale de 2 000 milliards d’euros pour financer l’Union sur la période 2028-2034, soit un bond d’environ 60 % par rapport au budget actuel, hors plan de relance post-Covid. Une hausse qui devait servir de nouvelles priorités, compétitivité, innovation et défense, sans abandonner pour autant les politiques traditionnelles chères à de nombreuses capitales. Le Parlement européen continue de réclamer un budget plus généreux, et l’eurodéputé Siegfried Muresan, co-rapporteur du dossier, prévient que les coupes affaibliraient la capacité de l’Union à agir et à protéger ses citoyens.

Le contexte n’aide pas. Le budget révisé ne pèserait qu’un peu plus de 1 % du revenu national brut de l’Union sur la période, et les négociations se déroulent dans un climat financier tendu pour les Vingt-Sept. La France compose avec ses propres difficultés budgétaires, tandis qu’en Allemagne Friedrich Merz se trouve fragilisé par la montée du parti d’extrême droite AfD.

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