Économie
La France sommée de trancher son budget pour calmer des marchés de plus en plus nerveux
Bruxelles presse Paris d’adopter rapidement son projet de budget afin d’offrir de la visibilité aux investisseurs, alors que le taux d’emprunt français à…


Bruxelles presse Paris d’adopter rapidement son projet de budget afin d’offrir de la visibilité aux investisseurs, alors que le taux d’emprunt français à dix ans frôle les 5 %. À Bangkok, le commissaire européen a aussi évoqué l’inflation, le diesel russe et le déséquilibre commercial avec la Chine.
L’examen du budget à l’Assemblée nationale a démarré ce mardi, avec un objectif affiché de ramener le déficit public à 5 % du PIB l’an prochain. Sauf que rien n’est joué. Sans majorité solide et à l’approche de l’élection présidentielle, l’adoption du texte reste très incertaine. Un flou qui coûte cher, car dans le même temps, la France subit de plein fouet les questions sur sa stabilité économique et politique. Son taux d’emprunt à dix ans s’approche dangereusement des 5 %.
Face à cette situation, Valdis Dombrovskis, commissaire européen aux Affaires économiques, monte au créneau. Le gouvernement a selon lui présenté un projet de budget ambitieux, destiné à réduire le déficit. Il insiste sur un point simple. Ce budget doit être voté, et vite, pour donner de la visibilité aux marchés. Car une incertitude qui s’éternise finirait par se répercuter sur les rendements. La clarté budgétaire, martèle-t-il, est indispensable.
Faut-il pour autant s’alarmer pour l’ensemble de la zone euro ? Pas dans l’immédiat, répond le responsable letton. La deuxième économie de la zone euro ne met pas en danger, selon lui, la stabilité financière de l’Union. Son explication tient à une particularité technique. La maturité moyenne de la dette souveraine des pays de la zone euro est relativement longue, ce qui signifie qu’il faut du temps avant qu’une telle situation ne se traduise par une hausse marquée du coût du service de la dette pour les États. Autrement dit, les gouvernements disposent d’un délai. Mais ce répit n’est pas une excuse. Ils doivent engager les ajustements nécessaires et garantir la solidité de leurs finances publiques.
Le tableau général n’aide pas à la sérénité. L’inflation reste tenace, portée par la flambée des prix de l’énergie. Le conflit au Moyen-Orient et l’escalade de la guerre en Iran devraient, selon le commissaire, prolonger ce choc inflationniste. Conséquence directe, Bruxelles pourrait revoir à la hausse sa prévision d’inflation pour 2027. La probabilité est élevée.
Autre dossier sur la table des réunions de Bangkok, l’annonce de Donald Trump. Le président américain a affirmé vendredi avoir négocié la livraison de quantités massives de diesel russe aux marchés américain et mondial pour faire baisser les prix pétroliers. Valdis Dombrovskis se montre très sceptique. Les volumes en question n’ont, à ses yeux, aucune importance macroéconomique. Il doute même sérieusement que la Russie soit capable de fournir de telles quantités, sans compter un énorme point d’interrogation lié aux normes de qualité américaines. Peu d’effet attendu, donc, sur le prix des carburants.
Sur l’Ukraine, l’Union européenne ne bouge pas d’un pouce. Elle compte solliciter ses partenaires internationaux pour renforcer le soutien financier à Kiev, en profitant de la présence, cette semaine à Bangkok, des ministres des Finances et des banquiers centraux du monde entier.
Reste le sujet qui fâche, les échanges avec la Chine. Le déficit commercial européen a atteint environ 360 milliards d’euros l’an dernier, soit près d’un milliard par jour. Des relations trop déséquilibrées pour être tenables, regrette le commissaire. Pékin a bien accepté vendredi de modérer le flux de véhicules hybrides vers l’UE, une décision qui pourrait stopper l’arrivée de millions de voitures chinoises sur le marché européen dans les années à venir. Mais cela ne suffit pas. L’automobile n’est qu’un volet, et le rééquilibrage doit s’étendre à bien d’autres secteurs. Le diagnostic, lui, est connu depuis longtemps. La Chine doit dépenser davantage, les États-Unis moins, et l’Europe investir plus. Encore faut-il transformer l’intention en actes concrets.
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