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Des lunettes qui filment sans prévenir, l’Europe dit stop

Le Comité européen de la protection des données réclame des garde-fous sur les lunettes connectées, sommant les fabricants d’annoncer clairement chaque…

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Des lunettes qui filment sans prévenir, l'Europe dit stop

Le Comité européen de la protection des données réclame des garde-fous sur les lunettes connectées, sommant les fabricants d’annoncer clairement chaque enregistrement. Un avis non contraignant qui tombe au moment où les ventes s’envolent et où les appels à interdire ces objets se multiplient.

Le Comité européen de la protection des données monte au créneau. Ce regroupement d’autorités nationales a rendu un avis, non contraignant, pour exiger des garde-fous sur les lunettes connectées. Son exigence tient en une phrase. Ces objets doivent annoncer clairement quand ils filment, photographient ou captent du son. Voyant lumineux, bip sonore, commande vocale, notification discrète sur le smartphone, forme extérieure immédiatement reconnaissable, les pistes ne manquent pas. Peu importe laquelle sera retenue, prévient la présidente de l’institution, Anu Talus. Ces avertissements doivent être fiables, difficiles à ignorer et toujours à jour.

Derrière la demande, l’idée est simple. Personne ne devrait découvrir après coup qu’il a été filmé. Même dans la rue, sur une plage ou dans un magasin, chacun doit pouvoir comprendre sans hésiter qu’un objectif est pointé vers lui. Anu Talus résume la logique en parlant de messages explicites plutôt que de surprises cachées. Le comité pointe aussi les endroits où le risque grimpe d’un cran. Hôpitaux, écoles, lieux de travail, ces espaces accueillent des personnes malades, fatiguées ou vulnérables, qui n’ont aucune raison de se retrouver dans le champ d’une caméra invisible. Les enfants sont doublement concernés, qu’ils portent eux-mêmes ce type de lunettes ou qu’ils soient filmés par un adulte équipé.

Le sujet n’a rien de théorique. Ces montures bardées de capteurs, de haut-parleurs et d’écrans intégrés aux verres sont présentées depuis des années comme la prochaine grande étape des objets connectés, après la montre. Les ventes commencent à décoller, avec 8,7 millions de paires écoulées dans le monde en 2025, à comparer au plus d’un milliard de smartphones. Meta domine largement ce marché avec près de 84 % des ventes, porté par des modèles signés Ray-Ban et Oakley devenus familiers du grand public. Ce succès déclenche une réaction en Europe, où les appels à bannir ces lunettes de l’espace public, voire à bloquer leur commercialisation, se multiplient.

La Norvège a ouvert la voie en annonçant vouloir suspendre temporairement leur usage dans une longue liste de lieux publics, des parcs aux plages en passant par les musées, les centres commerciaux, les écoles, les crèches, les établissements de santé et les salles de sport. Le gouvernement norvégien précise qu’il ne vise pas une interdiction générale du produit. En France, l’association e-Enfance a rapporté avoir reçu une vingtaine de signalements de femmes filmées sans leur accord, le plus souvent avec des lunettes Meta. Les vidéos ont ensuite circulé sur les réseaux sociaux, accompagnées de moqueries ou de messages haineux. Le parquet de Paris a ouvert plusieurs enquêtes après des plaintes. Au Royaume-Uni et en Irlande, une campagne baptisée Stop Smart Glasses et sa pétition invitent les citoyens à interpeller les enseignes pour qu’elles cessent de vendre ces modèles.

Meta défend sa position. Le groupe américain rappelle que ses lunettes embarquent une lumière LED qui clignote à chaque photo ou vidéo, et que la désactiver rendrait la caméra inutilisable. La pression ne faiblit pas pour autant. Son patron, Mark Zuckerberg, a présenté ces dernières semaines une paire sans caméra, pensée comme une porte d’entrée vers son intelligence artificielle Muse. Les modèles équipés d’un objectif, dont une nouvelle génération de Ray-Ban Meta, restent pourtant en rayon.

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