Économie
Des fans français de Milei rêvent d’importer sa tronçonneuse
Le président argentin Javier Milei passe par Paris, et ses partisans tricolores y voient l’occasion de réclamer la même potion que celle qu’il applique…


Le président argentin Javier Milei passe par Paris, et ses partisans tricolores y voient l’occasion de réclamer la même potion que celle qu’il applique chez lui, tronçonneuse comprise. Un enthousiasme loin de faire l’unanimité, alors que la France croule sous une dette record et que le bilan argentin reste très mitigé.
À Paris, une tronçonneuse aux couleurs bleu-blanc-rouge a fait son apparition. Elle a été brandie devant l’ambassade d’Argentine, là où Javier Milei était attendu, par quelques dizaines de personnes venues soutenir le dirigeant. Une banderole du Parti libertarien résumait leur message. Ce sera la tronçonneuse ou la faillite. Le mouvement revendique un millier de membres et de sympathisants, et son président, Vadim Asadov, ne cache pas son ambition. Il veut importer l’outil en France, baisser les impôts, réduire les dépenses de l’État. Plus on attend, prévient-il, plus le pays s’enfoncera dans une crise profonde, comparable à celle qu’a traversée l’Argentine.
L’homme qui inspire ces militants n’a rien d’un politicien classique. Économiste, il se définit lui-même comme anarcho-capitaliste, et il a fait de la tronçonneuse le symbole de sa volonté de découper ce qu’il appelle l’État ennemi, ainsi que la dépense publique. Un groupe actif sur les réseaux sociaux, les Mileistes Français, veut faire infuser ces idées dans la société. Son porte-parole, Romain Dominati, regrette qu’il n’existe pas encore, selon lui, de prise de conscience de l’urgence chez les électeurs français. Pour lui, la politique menée en Argentine dépasse le simple modèle.
La question tombe pourtant dans un contexte très concret. La dette publique française atteint 119 % de son PIB, et elle est projetée à 121,7 % en 2027, ce qui place le pays parmi les plus endettés de la zone euro, derrière la Grèce et l’Italie. Mais rares sont les responsables politiques tricolores à se réclamer du miléisme. Le maire de Cannes, David Lisnard, dissident du parti de droite Les Républicains, est présenté par Milei lui-même comme le plus proche de ses idées. Devant ses sympathisants à Paris, ce dernier a poussé la ressemblance jusqu’à passer à la broyeuse des textes de loi, comme le code de l’urbanisme et celui de l’environnement, en lançant le slogan du dirigeant argentin, Vive la liberté ! Candidat à la présidentielle, il est crédité de 2 à 5 % des voix.
Les idées radicales trouvent aussi un écho dans certains cercles économiques. Le Medef a invité Javier Milei à son université d’été, sans qu’il vienne, et l’initiative a récolté de vives critiques. Il recevra une récompense lors du Paris Economic Forum, le Prix de l’Action publique, décerné pour la cohérence et l’ampleur du programme économique qu’il a porté à la tête de son pays. Sur la même scène figurera le prix Nobel d’économie français Philippe Aghion, lui aussi distingué. Son avis tranche net avec l’enthousiasme des militants. Le remède de la tronçonneuse ne s’applique pas, selon lui, à la deuxième économie de l’Union européenne. La France, dit-il, n’est absolument pas dans la même situation que l’Argentine. Il reconnaît des problèmes d’endettement et juge qu’une réforme de l’État doit être menée, mais sans forcément tout couper. Il défend notamment le rôle de l’État dans l’éducation et la santé.
Tout le monde ne voit pas d’un bon œil le passage du président argentin. Une autre mobilisation, portée par l’Assemblée des citoyens argentins en France, a alerté sur les conséquences de sa politique, évoquant un recul des services publics et des atteintes aux droits sociaux. Le dirigeant a par exemple réduit le nombre de ministères de 18 à 9. Pour David Copello, chercheur et professeur à l’Institut catholique de Paris, cette façon de gouverner n’est rien d’autre qu’une forme de libéralisme autoritaire.
Le bilan argentin, lui, reste ambivalent. Depuis son arrivée au pouvoir fin 2023, l’économie s’est stabilisée, avec une inflation ramenée de 161 % sur un an à 33 %, des comptes à l’équilibre et une reconstitution partielle des réserves de change. Mais ces trois années d’austérité ont aussi saigné l’industrie, l’emploi et la consommation. La pauvreté a rebondi de quatre points au premier semestre 2026, touchant près d’un Argentin sur trois. L’économie, officiellement en croissance de 2 % sur un an, s’est contractée de 0,6 % au deuxième trimestre, puis en juillet. Et à un an de la présidentielle, la popularité de Javier Milei a touché son plus bas niveau, avec une désapprobation autour de 55 à 60 %.
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