Politique
Cinq prétendants à gauche et autant de virages à assumer
Les candidats de la primaire sociale-démocrate n’ont cessé de se reprocher leurs choix d’hier. Derrière les piques, c’est tout un camp qui cherche encore…


Les candidats de la primaire sociale-démocrate n’ont cessé de se reprocher leurs choix d’hier. Derrière les piques, c’est tout un camp qui cherche encore où il habite.
La primaire de la gauche sociale-démocrate a fini par ressembler à un règlement de comptes. À chaque rendez-vous, les cinq concurrents se sont renvoyés à la figure leurs engagements passés et leur légitimité à défendre tel ou tel combat. Aucun d’eux n’a un parcours bien droit. Leurs trajectoires racontent toutes les mêmes hésitations, les mêmes revirements, comme si cette famille politique n’en finissait pas de chercher sa place.
Raphaël Glucksmann a ouvert le feu sans échapper lui-même aux coups. Ségolène Royal lui a rappelé, à mots couverts, qu’il avait assisté à un meeting de campagne de Nicolas Sarkozy à Bercy le 29 avril 2007. Il s’en est expliqué en invoquant l’écriture d’un livre avec son père, alors soutien déclaré du candidat de droite, un ouvrage intitulé « Mai 68 expliqué à Nicolas Sarkozy ». L’eurodéputé a aussi conseillé le président géorgien Mikheil Saakachvili entre 2008 et 2012. Il a reconnu ne pas être né socialiste et avoir été séduit par les idées libérales, au point d’avoir pensé se présenter sous les couleurs d’Alternative libérale aux législatives de 2007 avant de renoncer. Son entourage jure que sa vie politique a réellement commencé avec Place publique, fin 2018.
Olivier Faure a, lui, été pris pour cible par Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj, qui lui reprochent d’avoir été un moteur des alliances avec La France insoumise en 2022 puis en 2024, toutes deux rompues depuis. Le premier secrétaire du PS traîne pourtant un passé plus flou. Jeune rocardien, il s’est longtemps posé en homme de compromis entre les soutiens de François Hollande et les frondeurs. En 2017, ce proche de Jean-Marc Ayrault a soutenu Manuel Valls à la primaire socialiste, avant de se ranger derrière le vainqueur Benoît Hamon. Raphaël Glucksmann a moqué une direction « soi-disant gauchiste », qui n’était pas anti-Macron au départ et qui aujourd’hui donne des leçons, en référence aux propos d’Olivier Faure juste après l’élection d’Emmanuel Macron, quand il se disait ni de gauche ni de droite.
Ségolène Royal s’est vu reprocher par Raphaël Glucksmann d’avoir soutenu Emmanuel Macron en 2017. Au second tour face à Marine Le Pen, l’ancienne candidate malheureuse de 2007 avait appelé à se mobiliser autour du fondateur d’En Marche. Devenu président, celui-ci l’a nommée ambassadrice chargée de la négociation internationale pour les pôles, un poste qu’elle a perdu en 2020 à cause de ses critiques envers l’exécutif. Elle assure n’avoir jamais réclamé de poste et avoir été remerciée pour avoir défendu les Gilets jaunes et les manifestants opposés à la réforme des retraites. Cette figure du mitterrandisme a aussi affiché son soutien à Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne présidentielle de 2022. Fin 2024, elle s’est dite disponible pour Matignon après la censure de Michel Barnier.
Jérôme Guedj a été l’assistant parlementaire de Jean-Luc Mélenchon quand celui-ci militait à l’aile gauche du PS, avant son départ en 2008. Les deux hommes s’étaient perdus de vue, ne renouant le contact qu’avec la Nupes. La fin de cette alliance, précipitée par l’attaque du 7 octobre 2023, a fait de Jérôme Guedj l’un des critiques les plus durs du chef insoumis sur le conflit israélo-palestinien et l’antisémitisme. Olivier Faure lui a lancé qu’il était passé de l’aile gauche à l’aile droite du PS. Enfin, Emmanuel Maurel a quitté le PS à l’automne 2018 pour fonder un petit parti, la Gauche républicaine et socialiste, afin de s’allier à Jean-Luc Mélenchon. Il a ensuite figuré sur la liste insoumise aux européennes de 2019. Déçu par une ligne jugée trop clivante, il a pris ses distances avant la présidentielle de 2022 et n’a pas rejoint la Nupes. Il a rebondi chez les communistes, en troisième position sur leur liste aux européennes de 2024, puis a été élu député après la dissolution de juin 2024 et siège aujourd’hui avec le groupe communiste.
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