Société
Ces lycéens mécanos comprennent que leur métier ne sentira plus seulement l’essence
Une visite au Mondial de l’automobile a secoué les certitudes de trois copines passionnées de moteurs qui grondent. Derrière leur désarroi, une bascule…


Une visite au Mondial de l’automobile a secoué les certitudes de trois copines passionnées de moteurs qui grondent. Derrière leur désarroi, une bascule bien réelle, mais plus lente qu’elles ne l’imaginent.
Mya, Louise et Julie ont 16 ans et un point commun, elles aiment les moteurs qui font du bruit. Ces trois copines, élèves en première bac pro mécanique auto au lycée Narce à Angers, viennent de sortir d’une visite au Mondial de l’automobile à Paris. Ce qu’elles y ont vu ne leur a pas franchement plu. Des stands remplis de voitures bardées de capteurs et d’écrans, des discours sur les véhicules autonomes qui se garent tout seuls, sur les données, les logiciels, l’intelligence artificielle, la cybersécurité. « Ici, il y a trop d’électricité », tranchent-elles. Mya résume sa position en une phrase. « Je suis plutôt thermique. » Leur truc, c’est « la vraie mécanique qui fait du bruit », celle « où on entend les chevaux », les moteurs qui pétaradent, fument et sentent l’essence.
Le retour à la réalité est rude pour toute cette promotion. Laurent Manceau, directeur de formation, parle même d’un « électro-choc ». Ces jeunes arrivent souvent à la mécanique par le garage familial. Eliaz, 15 ans, en est l’illustration parfaite. Il fait la vidange et change les plaquettes de frein sur la Dacia de ses parents, et il adore ça. Passionné de voitures de sport, de camions et de motos, il voit l’électricité débarquer sans enthousiasme. « L’électricité, ce n’est pas ce que je voulais faire, maintenant il faut s’y attaquer », lâche-t-il. Le proviseur Jérome Pouplard le reconnaît sans détour, ces professions auront de moins en moins les mains dans le cambouis. Mais l’électricité fait peur à ces élèves, surtout parce qu’elle leur paraît trop abstraite, observe le formateur Philippe Cazeneuve. Du coup, beaucoup se tournent vers les voitures anciennes ou de collection, de la mécanique sans électronique ni informatique, remarque Laurent Manceau.
Sur les bancs de l’école, la transition reste pourtant timide. Les voitures électriques et leurs batteries ne sont pas encore partout dans les cursus de mécanique auto. « Il n’y en a pas à l’école », constate un lycéen. Il faut attendre le BTS pour que le sujet soit réellement abordé, et les précieuses habilitations B1XL ou B2XL, indispensables pour intervenir sur une batterie, ne s’obtiennent qu’auprès d’organismes spécialisés. Clément Molizon, délégué général de l’association Avere qui promeut les mobilités électriques, comprend cette prudence. Une batterie, c’est de la chimie, des métaux, de l’électricité, et c’est dangereux, explique-t-il. Son association recense une vingtaine de métiers liés à la mobilité électrique, du déploiement des bornes de recharge à leur entretien, jusqu’au suivi de leur fonctionnement à distance.
Ces nouveaux emplois ne ressemblent pas tout à fait aux anciens. Ils réclament des compétences en mathématiques et en informatique, et se révèlent moins manuels que la mécanique d’un moteur thermique. « On va avoir besoin d’énormément d’électriciens », prévient Clément Molizon. Pas question pour autant d’enterrer le thermique. En immatriculations neuves, l’électrique pèse désormais 40 % en France, mais il ne représente encore que 5 % du parc de voitures en circulation. Un jeune qui démarre aujourd’hui un bac pro verra la bascule s’opérer, sans pour autant manquer de travail sur les moteurs essence et diesel pendant près de trente ans. Si la dernière voiture thermique était vendue en 2035 en Europe comme prévu, elle serait presque en fin de vie en 2050, et il faudra bien continuer à l’entretenir. De quoi garder les deux mains dans le cambouis encore un bon moment.
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