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À Saint-Denis, la colère d’un lycée après une arrestation en plein établissement

Des centaines d’élèves et d’enseignants du lycée Paul-Eluard ont manifesté devant le commissariat du quartier. Ils dénoncent l’entrée de policiers dans…

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À Saint-Denis, la colère d’un lycée après une arrestation en plein établissement

Des centaines d’élèves et d’enseignants du lycée Paul-Eluard ont manifesté devant le commissariat du quartier. Ils dénoncent l’entrée de policiers dans leur école et demandent la démission du proviseur.

À Saint-Denis, le lycée Paul-Eluard est devenu le point de ralliement d’une colère qui dépasse ses murs. Devant le commissariat du quartier, plusieurs centaines d’élèves, d’enseignants et de personnels se sont rassemblés pour protester contre l’intervention de policiers dans l’établissement et l’arrestation d’un lycéen. La brigade anti-criminalité est venue chercher un élève visé pour un outrage, avec l’accord du chef d’établissement. Pour beaucoup, ce qui devait rester un cadre scolaire a basculé en terrain d’affrontement.

Dans le bureau de la direction, ce qui s’est passé reste vécu comme une atteinte difficile à digérer. Georges H., 35 ans, professeur d’histoire-géographie, parle d’une ligne rouge franchie et d’un scandale absolu. Autour de lui, des assistants d’éducation et d’autres personnels scandent leur solidarité avec les élèves réprimés. Le reproche principal vise le proviseur, accusé d’avoir laissé des policiers en civil entrer dans le lycée pour interpeller un jeune. Bilal, 17 ans, élève de terminale, pousse la comparaison jusqu’au régime de Vichy.

La peur s’est installée chez les élèves. Bilal explique ne plus se sentir en sécurité dans son établissement, tout en affirmant avoir toujours défendu les institutions du pays. Pour l’enseignant d’histoire-géographie, l’école doit rester un sanctuaire. À proximité, une quarantaine de CRS sont déployés en arc de cercle devant l’entrée du commissariat. Les jeunes redoutent de recevoir un coup de matraque, alors que leurs demandes paraissent élémentaires. Du papier dans les toilettes, de l’eau courante, de l’électricité.

Le malaise touche aussi les adultes. Fred S., 33 ans, professeur de sciences économiques et sociales, décrit une communauté éducative largement choquée, à quelques exceptions près dans la hiérarchie. Les parents d’élèves, dit-il, craignent pour leurs enfants. Depuis le début de la mobilisation lycéenne, 1 260 personnes, dont 86 % de mineurs, ont été interpellées dans l’agglomération parisienne. Dans la foule, une mère de deux lycéens brandit une pancarte tachée de rouge. On peut y lire Daronnes en colère et Jeunesse violentée. Elle se dit stupéfaite de la façon dont les jeunes sont traités et veut que leur parole soit enfin entendue.

Parmi les professeurs mobilisés, beaucoup considèrent que protéger leurs élèves relève d’un devoir moral. Ils rapportent avoir reçu des centaines de messages d’élèves dénonçant des violences sexuelles, des propos racistes et des coups imputés à des membres des forces de l’ordre. Georges H. prend le mégaphone et lance un avertissement. Il ne veut pas d’un autre George Floyd, cet Américain noir tué aux États-Unis. Sans réaction, prévient-il, il pourrait y avoir des morts. Les enseignants l’assurent, ils ne reprendront pas le travail tant que le proviseur n’aura pas démissionné.

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