Europe
À Bruxelles, l’immigration fissure l’unité des Vingt-Sept
Réunis deux jours durant, les dirigeants européens avaient une longue liste de dossiers lourds à traiter. Mais c’est l’immigration qui a fait monter la…


Réunis deux jours durant, les dirigeants européens avaient une longue liste de dossiers lourds à traiter. Mais c’est l’immigration qui a fait monter la tension vendredi soir, avec une Espagne ouverte face à une Italie et un Danemark intransigeants.
Le sommet de Bruxelles devait aborder plusieurs chantiers de taille. Soutien à l’Ukraine, contours du prochain budget européen, position à tenir face à la Chine, élargissement à de nouveaux membres. Sur le papier, l’agenda était déjà bien chargé. Mais c’est un tout autre sujet qui a fait grimper la pression d’un cran vendredi soir, quand les Vingt-Sept ont posé l’immigration sur la table.
Il faut dire que les dirigeants ne s’étaient pas retrouvés collectivement depuis la crise de Ceuta, fin juillet. Des dizaines de milliers de personnes étaient alors arrivées en masse dans cette enclave espagnole depuis le Maroc. L’épisode avait laissé des traces profondes entre Madrid d’un côté, Rome et Copenhague de l’autre. Certains Etats avaient même réclamé l’exclusion de l’Espagne de l’espace Schengen. Depuis, la coopération européenne sur les questions migratoires n’a pas vraiment retrouvé son équilibre.
Vendredi, les échanges ont été particulièrement rudes. Deux visions se sont affrontées frontalement. L’Espagne, portée par un vaste programme de régularisation des sans-papiers, défend une approche d’ouverture. Face à elle, une série de pays attachés à une ligne très dure, à commencer par l’Italie et le Danemark. La Première ministre danoise Mette Frederiksen a déploré qu’on ne puisse pas se sentir en sécurité dans certains endroits d’Europe, une sortie qui a été très mal accueillie.
Emmanuel Macron n’a pas caché son agacement. Sans citer directement sa collègue danoise, il a parlé d’un « mauvais débat », trop « politisé », et rappelé que les clivages idéologiques autour de la table sont « respectables », mais que les mettre en avant ne mène nulle part. Politiser, c’est diviser, et diviser ramène chacun à des solutions nationales, donc à l’inefficacité, a-t-il résumé. Pedro Sánchez, son homologue espagnol, a reconnu de son côté des désaccords avec Copenhague, sans en dire davantage. Un responsable européen a confirmé la teneur très dure et très idéologique des échanges.
Cette passe d’armes survient dans un contexte où l’Europe serre déjà la vis. Bruxelles a durci ses règles ces derniers mois, autorisant les Etats membres à envoyer les déboutés de l’asile dans des centres situés hors des frontières de l’Union, les « hubs de retour ». Le Danemark et l’Allemagne font partie de ceux qui poussent le plus pour concrétiser cette idée, avec l’ambition de signer de premiers accords avant la fin de l’année. Plusieurs pays sont cités comme partenaires potentiels, parmi lesquels le Rwanda, l’Ouganda, le Ghana et l’Ouzbékistan. La France, elle, doute de l’efficacité d’un tel dispositif.
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