Économie
La Banque mondiale fait le pari de l’emploi, le climat passe après
Ajay Banga veut faire de la création d’emplois et des petites entreprises la priorité absolue de la Banque mondiale. Pour y parvenir, il mise largement…


Ajay Banga veut faire de la création d’emplois et des petites entreprises la priorité absolue de la Banque mondiale. Pour y parvenir, il mise largement sur les capitaux privés et assume de reléguer les objectifs climatiques au second plan.
Depuis qu’il a pris les rênes de la Banque mondiale en 2023, Ajay Banga imprime sa marque. L’ancien patron de Mastercard veut réduire la pauvreté en s’attaquant à un manque colossal d’emplois dans les pays en développement, un déficit qu’il chiffre à 800 millions de postes. Devant les pays membres réunis à Bangkok, il a reconnu que le contexte économique rendait la tâche ardue. Pas impossible, pourtant. Son équation tient en une phrase. Faire aller plus loin des ressources rares, tout en aidant les pays à créer des emplois à grande échelle. Les deux chantiers, dit-il, ne se séparent pas.
Pour y arriver, il veut marier plusieurs sources d’argent. Financements publics, investissements privés, philanthropie, technologies. Chaque pays recevrait un dosage adapté à ses besoins, un équilibre appelé à évoluer avec son développement. L’institution brandit un chiffre pour défendre cette voie. Elle affirme avoir mobilisé un montant record de 112 milliards de dollars de capitaux privés pour les pays en développement, une hausse de plus de 60%. Ces financements atteignent presque le niveau des prêts qu’elle accorde elle-même.
La méthode dérange. Des organisations de défense des droits et plusieurs critiques y voient un transfert de risques. Les entreprises feraient porter une partie du danger de leurs investissements au secteur public, tout en gardant l’essentiel des bénéfices. Banga refuse cette lecture. Les capitaux privés doivent compléter l’action publique, jamais la remplacer, insiste-t-il. Le vrai casse-tête, admet-il, reste d’attirer ces fonds vers les pays à faible revenu, ceux qui ont le plus besoin d’argent pour se développer. Soutenir les micro, petites et moyennes entreprises répond justement, selon lui, à cette lacune.
Le dirigeant a aussi dévoilé une piste plus inattendue. Une initiative autour de la « petite IA », autrement dit des applications taillées sur mesure. Pas besoin des technologies les plus avancées ni les plus coûteuses. L’ambition est plus concrète. Aider un agriculteur à améliorer ses rendements, permettre à un enseignant d’adapter son cours, donner à un agent de santé de quoi décider plus justement, ou ouvrir à un entrepreneur la porte de nouveaux clients. Des usages pensés pour les populations des pays en développement.
Sur le climat, le virage est net. Sous la direction d’Ajay Banga, la Banque mondiale s’est éloignée d’une approche qui plaçait les objectifs climatiques en tête de toutes ses activités. Elle a prolongé sa politique en la matière sans fixer d’échéance, tout en abandonnant les cibles chiffrées liées aux retombées climatiques. Banga défend une autre logique. Ce sont les pays clients qui doivent fixer la marche, plutôt que des priorités dictées de l’extérieur. Les stratégies nationales et les pactes servent de feuilles de route, bâties autour des ambitions de chaque pays, des résultats visés et des réformes à mener. Interrogé sur le climat, il a préféré ramener le débat sur l’emploi des jeunes, martelant que sa priorité allait à la création de postes, à la mobilisation des capitaux privés et au soutien aux petites entreprises.
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