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En Alberta, Mark Carney joue son va-tout pour garder le Canada uni
À quelques jours d’une consultation décisive en Alberta, le Premier ministre canadien a appelé ses concitoyens à défendre l’unité du pays. Un vote qui…

À quelques jours d’une consultation décisive en Alberta, le Premier ministre canadien a appelé ses concitoyens à défendre l’unité du pays. Un vote qui tombe au plus mauvais moment, sur fond de guerre commerciale avec Washington.
Mark Carney n’a pas ménagé ses efforts. Dans la province pétrolière de l’Alberta, où il a grandi, le chef du gouvernement canadien s’est rendu à Calgary pour porter un message simple. L’unité du pays est en jeu. Des milliers de personnes l’ont écouté, certaines brandissant de petits drapeaux canadiens. Ce lundi, les habitants de la province devront trancher une question lourde de conséquences. Souhaitent-ils rester au sein du Canada ou confier à leur gouvernement provincial le mandat d’organiser un référendum contraignant sur l’indépendance ?
Le moment choisi n’a rien d’anodin. La consultation survient après la victoire électorale récente d’un parti indépendantiste dans la province francophone du Québec. Elle arrive aussi alors qu’aucune sortie de crise ne se profile dans le conflit commercial qui oppose le Canada aux États-Unis. « Elle survient au pire moment possible », a lancé M. Carney devant la foule. Le monde, selon lui, est devenu plus dangereux et plus divisé. Il a évoqué sans détour des acteurs situés au-delà des frontières qui cherchent à briser le pays pour mieux le posséder. Aucun nom n’a été cité. Mais les liens entretenus entre les séparatistes albertains et des membres de l’administration Trump ont provoqué de vives réactions au Canada.
La prudence reste de mise pour les partisans de l’unité. Les sondages récents placent le soutien à la sécession sous la barre des 25 % parmi les cinq millions d’habitants de la province. Un chiffre qui n’a pas rassuré le Premier ministre. Lui qui a vécu le Brexit lorsqu’il dirigeait la banque d’Angleterre sait à quel point un vote peut réserver des surprises. « Ce n’est pas une partie de poker. Un vote contre le Canada serait un bluff dangereux qui entraînerait des années de grande incertitude », a-t-il averti. Avant d’ajouter un appel direct aux électeurs. « Votez comme si le Canada en dépendait car c’est le cas. »
Dans les rangs indépendantistes, l’assurance est tout autre. Mitch Sylvestre, qui dirige l’influente organisation Alberta Prosperity Project, ne cache pas son optimisme. « Je ne serais pas étonné que nous gagnions ce référendum », a-t-il affirmé. Il se dit même convaincu que son camp dépassera les 40 % des voix. De quoi faire trembler les défenseurs de l’unité nationale.
Les richesses de l’Alberta sont au cœur de la bataille. La province regorge de pétrole, un pilier de la stratégie économique du Premier ministre. Ce dernier veut justement réduire la dépendance de son pays à l’égard des États-Unis. Il a annoncé récemment l’accélération de la construction d’un nouvel oléoduc destiné à exporter ce pétrole vers l’Asie. Les séparatistes, eux, accusent l’État fédéral d’étouffer l’industrie pétrolière avec ses réglementations environnementales.
Longtemps marginal, le camp indépendantiste a gagné du terrain. En mai, il a réuni suffisamment de signatures pour déclencher un référendum d’initiative populaire sur l’indépendance. Un juge local l’a ensuite annulé pour des motifs constitutionnels. La dirigeante conservatrice de la province, Danielle Smith, se dit opposée à l’indépendance. Mais son parti compte des séparatistes dans ses rangs, et elle a choisi d’organiser sa propre consultation sur l’opportunité d’un référendum contraignant.
L’ombre de Washington plane sur le débat. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a qualifié en début d’année l’Alberta de « partenaire naturel » des États-Unis. Des responsables de l’Alberta Prosperity Project ont par ailleurs été reçus au département d’État. La presse canadienne a même détaillé des contacts entre Mitch Sylvestre, son équipe et des membres du Parti républicain. Lui assure que les intérêts américains « ne jouent aucun rôle » en Alberta, du moins pas avant une victoire de son camp. Il plaide pour des échanges commerciaux sans entrave avec les États-Unis et affirme qu’il n’existe « aucune animosité » envers le voisin américain. « Je ne vois pas pourquoi nous ne voudrions pas continuer à commercer avec la plus grande économie du monde », a-t-il conclu.
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