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Le créateur du plus grand fan site de Lady Gaga a passé deux ans en prison sans que personne ne le devine

Pendant plus de deux ans, la communauté de fans de Lady Gaga la plus suivie au monde est restée muette. Son fondateur vient enfin d’expliquer ce silence…

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Le créateur du plus grand fan site de Lady Gaga a passé deux ans en prison sans que personne ne le devine

Pendant plus de deux ans, la communauté de fans de Lady Gaga la plus suivie au monde est restée muette. Son fondateur vient enfin d’expliquer ce silence, et son histoire n’a rien d’ordinaire.

Fin septembre, un message laconique a mis fin au suspense sur le réseau X. « Désolé pour le manque de nouvelles, j’étais littéralement en prison », y écrivait Kirill Nguyen, 32 ans. Voilà donc où se trouvait l’homme derrière Gaga Daily, la référence mondiale pour tout ce qui touche à la superstar américaine. Un projet lancé en 2009, alors qu’il n’avait que 14 ans, et qui rassemble aujourd’hui plus de quatre millions d’abonnés sur les réseaux sociaux. Lady Gaga elle-même a salué son travail à plusieurs reprises.

L’affaire démarre pourtant très loin de la pop. En août 2020, Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 1994, décroche un sixième mandat lors d’un scrutin dénoncé comme truqué. Pendant des semaines, des dizaines de milliers de Bélarusses descendent dans la rue pour exiger son départ. Kirill Nguyen est de ceux-là. Le pouvoir répond par la violence, avec des milliers d’arrestations. Lui échappe d’abord à la répression. Il vit alors à Moscou. Après l’invasion russe de l’Ukraine, en février 2022, il rentre au Bélarus, où les services de sécurité traquent la moindre dissidence.

En février 2024, il est arrêté à Minsk et condamné à un an et demi de détention. Un an plus tard, sa peine est rallongée d’une année supplémentaire. De quoi le faire disparaître du paysage, de février 2024 à avril 2026. Le pays compterait encore près de 900 prisonniers politiques, un chiffre qui donne la mesure du climat.

Dans sa colonie, loin de ses écrans, Kirill Nguyen a fini par se détacher de sa passion. « Au début, Lady Gaga était la dernière chose à laquelle je pensais », raconte-t-il. Puis ses amis lui apprennent, au printemps 2025, la sortie d’un nouveau titre, « Abracadabra ». Il lui faudra plusieurs jours avant de tomber dessus à la radio de la prison, et d’en profiter enfin.

Le reste ressemble à une drôle de parenthèse. Au Bélarus comme en Russie, l’homophobie reste très ancrée dans l’opinion, et pourtant les artistes anglophones associés à la communauté LGBT y sont écoutés en masse. La raison tient en partie à une compréhension limitée de l’anglais, avance Kirill Nguyen, et à un public qui ignore souvent le positionnement de ces stars. Leurs sons dance se rapprochent de l’estrada, un genre local ultra-populaire. Résultat, il entendait régulièrement « Rush » de Troye Sivan, un morceau qui évoque sans détour des relations entre hommes, et beaucoup de chansons de Lady Gaga. « C’était vraiment drôle d’écouter la radio en prison, c’est pratiquement la même musique qu’on entendrait dans un club gay », s’amuse-t-il.

Il a aussi côtoyé d’autres détenus fans de la chanteuse, sans jamais avouer qu’il avait fondé Gaga Daily, de peur des ennuis. Chargé un jour de choisir un film pour son baraquement, il mise sur « Joker Folie à Deux », où Lady Gaga tient l’affiche. La comédie musicale, mal reçue à sa sortie en 2024, n’a pas non plus convaincu ses codétenus, qui ont réclamé d’interrompre la diffusion. « Ce n’était pas leur truc », commente-t-il.

Depuis sa libération, Kirill Nguyen reconstruit sa vie en dehors du Bélarus et a rattrapé son retard sur l’actualité de son idole. Il dit avoir reçu d’innombrables messages de soutien, certains fans lui confiant leurs propres tourments. Il juge d’ailleurs « assez ridicule » l’obsession de millions de personnes, lui compris, pour les moindres détails de la vie de leurs idoles. Mais il y voit aussi autre chose. « C’est intéressant de voir comment tous ces détails créent des communautés, non ? Ce sont ces petites choses qui tissent des liens qui, finalement, sont plus grands que n’importe quelle pop star. »

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