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Budget en suspens, le gouverneur de la Banque de France presse les politiques de trancher

Emmanuel Moulin appelle les responsables politiques à prendre leurs responsabilités pour qu’un budget soit enfin adopté, en pointant les outils que la…

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Budget français, le gouverneur de la Banque de France somme le politique de trancher

Mis à jour le 14 octobre à 11h09

Emmanuel Moulin appelle les responsables politiques à prendre leurs responsabilités pour qu’un budget soit enfin adopté, en pointant les outils que la Constitution met à leur disposition. Il prévient que ni la Banque de France ni la BCE ne peuvent faire ce travail à leur place.

Emmanuel Moulin n’a pas mâché ses mots. Le gouverneur de la Banque de France, en poste depuis juin, a sommé le monde politique de « prendre ses responsabilités » pour qu’un budget voie enfin le jour. Ses propos, tenus à Bangkok à l’occasion de l’assemblée annuelle du Fonds monétaire international, renvoient clairement aux leviers que la Constitution prévoit, comme l’article 49.3 ou le passage par ordonnances. Ces dispositions existent précisément pour qu’un budget puisse être voté ou adopté même sans majorité au Parlement, a-t-il rappelé.

Pour le patron de la Banque de France, les institutions monétaires n’ont rien à faire dans cette bataille. Ni la BCE ni la Banque de France ne peuvent peser sur ce processus parlementaire, insiste-t-il. C’est aux parlementaires et à l’exécutif de trancher. L’enjeu est loin d’être anecdotique. L’examen du budget 2027 s’est ouvert mardi à l’Assemblée nationale, avec l’ambition affichée de ramener le déficit à 5 % du PIB dès l’an prochain. Mais son adoption tient de la gageure, entre absence de majorité et présidentielle qui se profile.

Sur le terrain politique, Emmanuel Moulin se veut pourtant rassurant. La plupart des candidats à la présidentielle partagent, selon lui, la même logique de réduction du déficit. Les moyens proposés pour y parvenir sont plus ou moins crédibles, concède-t-il, mais l’ensemble avance dans la bonne direction. Il rappelle que la France a déjà su redresser fortement ses comptes par le passé, avant le passage à l’euro, puis entre 2011 et 2019. La clé, dit-il, réside dans les réformes structurelles, à commencer par celle des retraites, qui offre le double avantage de soutenir la croissance et de consolider les finances publiques.

La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a de son côté douché les espoirs d’un retour rapide à la normale. La France devra patienter avant de regagner la confiance des marchés, prévient-elle. Le budget en préparation doit certes placer déficit et dette sur une pente descendante, mais il faudra du temps pour les ramener à des niveaux capables d’inspirer une entière confiance, tant à la population qu’aux investisseurs.

Ce contexte budgétaire délicat s’ajoute à un environnement économique tendu. L’envolée des prix de l’énergie au Moyen-Orient a poussé la BCE à relever ses taux pour juguler l’inflation. En parallèle, la hausse des taux sur le marché obligataire resserre les conditions de financement. Emmanuel Moulin tempère toutefois le tableau. Cette montée des rendements, partie des États-Unis avant de gagner l’Europe et de toucher tous les pays, pèse sur les conditions financières et pourrait freiner la demande. Elle pourrait même amener la BCE à modérer sa réponse face au choc inflationniste, puisque la poussée des taux fait en partie le travail à sa place.

Le gouverneur met pourtant en garde contre les illusions. La politique monétaire peut et doit contribuer à préserver la stabilité des prix, mais elle ne saurait résoudre à elle seule l’ensemble des défis structurels que l’Europe doit affronter en matière de croissance et de résilience.

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