Monde
New Delhi barricadée, la jeunesse indienne tient tête à Narendra Modi
Troisième jour de verrouillage policier au cœur de la capitale indienne, où des milliers d’agents bloquent les rues avant une marche prévue cet après-midi…


Troisième jour de verrouillage policier au cœur de la capitale indienne, où des milliers d’agents bloquent les rues avant une marche prévue cet après-midi vers la Cour suprême. Face au pouvoir, un mouvement né en ligne contre le système éducatif refuse de reculer et réclame la tête du patron de la commission électorale.
Troisième journée d’immobilisation au centre de New Delhi. Des milliers de policiers quadrillent les quartiers administratifs, les barricades tiennent les rues fermées, la circulation est interdite, les transports en commun ne passent plus et l’internet mobile reste coupé. Objectif affiché, empêcher un rassemblement que le pouvoir n’a pas autorisé. En fin de matinée, le chef de l’opposition Rahul Gandhi a pourtant appelé ses partisans à rejoindre la Cour suprême dans l’après-midi, avec une exigence claire, la démission du président de la commission électorale. « Que tous ceux qui croient en la démocratie et qui veulent la défendre nous rejoignent », a-t-il lancé, assurant que les responsables gouvernementaux ne pourraient rien contre eux.
À l’origine de cette colère, un mouvement improbable. Le Parti du peuple des cafards est né au printemps, sur internet, pour canaliser le ras-le-bol des étudiants face à leur système éducatif. En quelques mois, cette formation fondée en ligne s’est imposée comme la principale force de contestation face au Premier ministre ultranationaliste hindou Narendra Modi. Samedi et dimanche, les forces de sécurité ont multiplié les interpellations préventives. Les médias locaux évoquent au moins 20.000 arrestations. La police a arrêté les trois principaux dirigeants du mouvement, dont son fondateur Abhijeet Dipke, avant de les relâcher au bout de vingt-quatre heures, comme la plupart des autres manifestants.
La libération n’a rien calmé. Sur X, Abhijeet Dipke a écrit que « Modi fait honte à l’Inde » et que le pays n’avait jamais connu « pire couard et pire brute ». Le député communiste John Brittas affirme de son côté avoir été violenté par des policiers, y voyant non pas une simple atteinte à un élu mais une attaque contre les libertés démocratiques et l’État de droit. La police n’a répondu à aucune de ces accusations et n’a publié aucun bilan des arrestations. Reporters sans frontières a condamné la détention jugée inacceptable d’au moins seize journalistes durant le week-end. Saisie en urgence, la Cour suprême a rappelé dimanche au gouvernement son obligation de respecter la loi.
Derrière l’affrontement, un sujet qui empoisonne la vie politique indienne depuis des mois. La révision des listes électorales a entraîné la radiation de 130 millions d’inscrits, selon un décompte des médias. Lancé l’an dernier, ce nettoyage devait, du point de vue des autorités électorales, éliminer les doublons, les électeurs décédés et les fraudeurs. Ses détracteurs y voient tout autre chose, un tri qui écarte en priorité les minorités, notamment musulmanes, et les populations les plus fragiles, au bénéfice du Bharatiya Janata Party de Narendra Modi. L’opposition parlementaire, qui parle de dictature, va jusqu’à mettre en doute plusieurs victoires du parti au pouvoir lors de scrutins locaux.
La commission électorale et son président Gyanesh Kumar nient toute irrégularité et refusent de céder. Mais les cafards comme les élus d’opposition promettent de maintenir la pression jusqu’à son départ. À New Delhi, la partie qui s’ouvre ce lundi ne se joue donc pas seulement sur le bitume, entre barricades et cortèges. Elle pose une question plus large, celle de la marge de manœuvre laissée à une contestation née en ligne et devenue, en quelques mois, l’une des voix les plus gênantes pour le pouvoir.
À lire aussi





PolitiqueEn Ligne 7 joursLe Rassemblement national décroche enfin son premier groupe au Sénat



SociétéEn Ligne 7 joursLes tracteurs de la Confédération paysanne vont rejoindre les lycéens dans la rue



Faits DiversEn Ligne 6 joursRefus de mariage à Béziers, 7 500 euros d’amende réclamés contre Robert Ménard



SociétéEn Ligne 7 joursMain arrachée, œil perdu et mâchoire brisée, quatre enquêtes sur des blessures de lycéens



Faits DiversEn Ligne 7 joursUn ex-maire du 93 et son entourage jugés pour des marchés publics truqués



Faits DiversEn Ligne 6 joursUn ex-patron de l’espionnage allemand arrêté pour trahison



PolitiqueEn Ligne 5 joursLecornu apaise les lycéens et annonce une baisse du carburant



PolitiqueEn Ligne 7 joursDes messages antisémites attribués à Jordan Bardella, qu’il qualifie de faux grossiers








