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L’Éthiopie et l’Érythrée se renvoient l’accusation d’agression, la guerre menace à nouveau

Deux voisins qui se sont déjà livré une guerre sanglante s’accusent une nouvelle fois, chacun désignant l’autre comme l’agresseur. Des troupes…

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L'Éthiopie et l'Érythrée se renvoient l'accusation d'agression, la guerre menace à nouveau

Deux voisins qui se sont déjà livré une guerre sanglante s’accusent une nouvelle fois, chacun désignant l’autre comme l’agresseur. Des troupes érythréennes sont signalées au Tigré et l’armée éthiopienne a riposté par des frappes de drones.

L’Éthiopie ne mâche pas ses mots. Elle reproche à son voisin érythréen d’avoir positionné des soldats dans le nord de son territoire. Dans une lettre adressée à la présidence française du Conseil de sécurité de l’ONU, le chef de la diplomatie éthiopienne Gedion Timothewos a qualifié cette présence d’agression manifeste, estimant qu’elle autorisait son pays à invoquer son droit naturel à la légitime défense. La missive a été transmise à tous les membres du Conseil de sécurité. Le message est limpide. L’Érythrée est l’agresseur et l’Éthiopie est la victime, a martelé le ministre.

En face, la riposte n’a pas tardé. Le ministre érythréen de l’Information, Yemane Gebremeskel, a répliqué sur X que le pouvoir éthiopien mène depuis plus de trois ans une guerre d’agression non provoquée contre son pays. Deux récits irréconciliables qui disent toute la profondeur du fossé entre ces deux nations. Leur histoire commune commence par une séparation douloureuse. L’Érythrée a conquis son indépendance en 1993 au terme de décennies de lutte armée. Les deux pays se sont ensuite livré une guerre meurtrière entre 1998 et 2000, sur fond de différends territoriaux.

Le climat s’était adouci après l’arrivée au pouvoir du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed en 2018. Une ouverture qui lui a valu le prix Nobel de la paix l’année suivante. Mais la lune de miel n’a pas tenu. Depuis plusieurs années, les relations se sont envenimées, chacun soupçonnant l’autre de fomenter des déstabilisations. Le 1er octobre, Addis-Abeba a dénoncé des actes d’hostilité et de belligérance de son voisin, ce qui a entraîné la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays.

Sur le terrain, l’affrontement est déjà militaire. Des troupes érythréennes sont présentes depuis plusieurs jours au Tigré, région frontalière de l’Érythrée. Leur effectif est estimé entre 5 000 et 8 000 hommes. Face à cette avancée, l’armée fédérale éthiopienne a utilisé ses drones sur Adigrat, ville située à environ 40 kilomètres par la route au sud de la frontière érythréenne. Les forces érythréennes ont reculé plus au nord.

Les rebelles tigréens, eux, perdent du terrain. Ils ont quitté deux villes du nord du Tigré. Adigrat d’abord, après les frappes de l’armée fédérale. Shire ensuite, une grande ville du Tigré qui abrite un aéroport, fermé depuis le début des combats. Les combattants du Front de libération du peuple du Tigré et l’administration locale ont quitté les lieux, laissant le champ libre à des pillards. Quatre personnes ont été tuées et onze autres blessées lors d’une fusillade liée à ces pillages. Une faction dissidente du TPLF a confirmé ces informations et indiqué que les forces tigréennes s’étaient repliées de Shire vers Shiraro, une autre localité à quelques dizaines de kilomètres de la frontière érythréenne.

Pour Kjetil Tronvoll, spécialiste de la région, de nombreux soldats rebelles désertent pour regagner leurs villages, gagnés par le désespoir et la frustration à l’égard de la direction du TPLF. Il craint que le Premier ministre éthiopien ne s’arrête pas à la frontière et ne poursuive son offensive en Érythrée. Autre signe que la situation évolue, Ethiopian Airlines a annoncé la reprise de ses vols vers Mekele, la capitale régionale, à partir du 11 octobre. La compagnie, seule à desservir le Tigré, les avait suspendus au début des affrontements. Pour l’universitaire, cette reprise montre que les forces fédérales ont consolidé leur contrôle sécuritaire et politique sur la ville et ses alentours. Il s’attend à la mise en place prochaine d’une administration intérimaire. L’armée fédérale, épaulée par une milice affiliée à une faction dissidente du TPLF ralliée au gouvernement, était entrée sans combats dans Mekele le 3 octobre, désertée par les autorités rebelles tigréennes.

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