Politique
La plateforme de concertation du gouvernement laisse les lycéens de marbre
Le ministère met en avant des dizaines de milliers de contributions en quelques jours et promet des réponses concrètes. Dans la rue, les élèves mobilisés…


Le ministère met en avant des dizaines de milliers de contributions en quelques jours et promet des réponses concrètes. Dans la rue, les élèves mobilisés y voient surtout un moyen de calmer le jeu sans rien changer.
Dix jours après le début de la mobilisation lycéenne, partie d’un établissement de banlieue parisienne, le ministre de l’Education nationale Edouard Geffray a annoncé le 30 septembre l’ouverture d’une « plateforme de concertation ». Objectif affiché, permettre aux élèves de faire part de toutes leurs demandes et de leurs inquiétudes. Baptisée « Lycéennes, lycéens, vous avez la parole », l’outil est accessible jusqu’au 23 octobre et accompagne la reprise des cours dans les établissements.
Le fonctionnement est volontairement large. N’importe qui peut répondre, sans que la qualité de lycéen soit vérifiée d’une quelconque manière. Deux questions ouvertes sont posées, l’une sur les principales difficultés rencontrées dans les lycées, l’autre sur ce qui devrait changer ou être amélioré pour mieux apprendre. Les réponses, limitées à environ 800 mots, restent anonymes par défaut, avec la possibilité de préciser le nom d’un établissement. La vérification est si légère qu’il a été possible de participer deux fois depuis deux postes informatiques différents.
Le compteur affichait 67.000 contributions, un volume à mettre en regard des deux millions de lycéens que compte le pays. Le ministre a lui-même reconnu que tout le monde avait ricané au démarrage. Il a promis un événement de restitution nationale des contributions pour apporter des réponses structurées fin octobre, avant d’annoncer que celles-ci nourriraient des propositions d’amendement du gouvernement dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027.
Sur le terrain, l’accueil est nettement plus froid. Leia Vignard, 16 ans, élève au lycée Jules-Guesde de Montpellier, croisée dans la manifestation des lycéens et des étudiants, résume le sentiment général. La plateforme « est là pour dire oui on fait des choses mais ça bloque la discussion », juge-t-elle. Elle ne rejoint pourtant pas les appels au boycott, par crainte que le gouvernement « fasse pareil et boycotte la discussion avec nous, ce sera un débat niveau cour de maternelle ».
Hippolyte, 17 ans, en terminale et parmi les organisateurs des blocus au lycée Arago, dans l’est de Paris, file la comparaison avec un précédent connu. Pour lui, cette concertation ressemblera aux cahiers de doléances des gilets jaunes, stockés dans des archives et bons à rien. Lors du rassemblement place de la Bastille, plusieurs lycéens n’avaient même pas entendu parler de la plateforme. Meena, 18 ans, en terminale au lycée Charlemagne où des blocages ont eu lieu pendant plusieurs jours, la connaît mais ne compte pas y contribuer. Sa camarade Irène, 17 ans, estime que le gouvernement a lancé cet outil « pour que ça se calme et qu’on retourne au lycée ». Tim, 15 ans, scolarisé à Honoré-de-Balzac, un drapeau arc-en-ciel sur les épaules, y voit de son côté un moyen de « faire croire qu’ils font quelque chose ».
Le reproche le plus répété porte sur le contenu. Romane Oudom, 17 ans, étudiante en fac de droit, souligne que le gouvernement ne propose finalement que des mesures qui ne coûtent rien, l’interdiction des portables et une plateforme de discussion. A Marseille, Paul, élève de terminale au lycée Saint-Charles, pointe l’écart entre les questions posées et la mobilisation en cours. « C’est n’importe quoi. Il y a deux questions. Ils nous demandent pourquoi on manifeste, mais nos revendications ça fait 10 jours qu’on les crie dans la rue », lâche-t-il.
Le parallèle avec les cahiers de doléances n’est pas anodin. Après la crise des gilets jaunes, tous les citoyens avaient pu écrire dans ces registres, du 15 janvier au 15 mars 2019. Cette consultation citoyenne était la réponse du président Emmanuel Macron au vaste mouvement de contestation né fin 2018 autour du coût de la vie, de la dégradation des services publics, des inégalités et des lacunes de la démocratie. En avril 2025, le gouvernement a décrété l’ouverture à tous de ces archives, le ministère de la Culture précisant qu’il s’agissait de pouvoir les consulter sur place ou d’en obtenir une copie.
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