Culture
Anne Carson, une poétesse canadienne au sommet du Nobel de littérature
La poétesse canadienne Anne Carson a décroché le prix Nobel de littérature 2026 pour une œuvre audacieuse qui bouscule les frontières de l’écriture.…

La poétesse canadienne Anne Carson a décroché le prix Nobel de littérature 2026 pour une œuvre audacieuse qui bouscule les frontières de l’écriture. Retour sur le parcours d’une autrice érudite, entre mythologie antique et exploration intime du deuil.
L’Académie suédoise a dévoilé le nom de la lauréate. Pas de surprise du côté des pronostics, mais une émotion bien réelle. Anne Carson se trouvait en Islande, occupée à écouter le vent, quand la bonne nouvelle lui est parvenue. Ingrid Carlberg, secrétaire permanente de l’institution, raconte une autrice prise au dépourvu, mais profondément heureuse, un bonheur qu’elle dit avoir perçu rien qu’à sa voix.
Le comité a salué une œuvre audacieuse et inventive, menée dans un dialogue ludique avec la tradition classique, d’où naissent de nouvelles formes pour la littérature contemporaine. Chez Anne Carson, les héros mythologiques côtoient les auteurs antiques et romantiques. Son nom circulait d’ailleurs depuis des années dans les spéculations des cercles littéraires suédois. Elle est surtout connue pour Nox, paru en 2010 en mémoire de son frère Michael, disparu mystérieusement avant de mourir au Danemark en 2000. Cette œuvre singulière se déplie comme un accordéon, une seule longue feuille de plusieurs mètres, faite d’images, de lettres et d’autres textes. Le comité Nobel y décèle un profond sentiment de perte qui remonte des profondeurs.
Née à Toronto le 21 juin 1950, Anne Carson a découvert le grec grâce à un professeur de latin qui lui donnait cours pendant la pause déjeuner, au lycée. Son parcours n’a rien d’un long fleuve tranquille. Elle a abandonné deux fois l’université avant de décrocher son doctorat de lettres classiques à Toronto. De quoi rappeler que les chemins vers la reconnaissance sont rarement rectilignes.
À travers la Suède, bibliothèques et librairies s’activent déjà. On se presse vers les rayons pour ressortir les textes de la lauréate. L’an dernier, c’est l’écrivain hongrois László Krasznahorkai qui avait été distingué pour une œuvre dystopique et mélancolique, au style exigeant.
L’Académie suédoise, longtemps critiquée pour ses choix tournés vers des auteurs occidentaux, a connu une profonde remise en question après le bouleversement #MeToo de 2018. Plus de la moitié de ses dix-huit membres ont été remplacés. Depuis, un lauréat sur deux est une femme. La route reste pourtant longue. Sur 123 lauréats, seules 19 femmes ont décroché le prix, et les langues asiatiques ou moyen-orientales demeurent minoritaires parmi les récompensés.
La saison des Nobel se poursuit avec le très attendu prix de la paix. Les chances de voir Donald Trump récompensé sont quasi nulles, mais le président américain devrait encore hanter les esprits après la campagne inédite menée l’an dernier en faveur de sa candidature. Le comité, lui, se sait observé. Le prix d’économie viendra clore les festivités le 12 octobre.
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