Europe
Le pari électoral de Giorgia Meloni pourrait bien se retourner contre elle
Le Parlement italien se prononce jeudi sur une réforme du mode de scrutin portée par la droite au pouvoir, qui promet plus de stabilité. Mais ce texte…


Le Parlement italien se prononce jeudi sur une réforme du mode de scrutin portée par la droite au pouvoir, qui promet plus de stabilité. Mais ce texte pourrait aussi ouvrir grand la porte à une alternance.
Le vote de jeudi à la Chambre des députés constitue l’ultime étape d’un parcours déjà validé par le Sénat. Au cœur du texte, une idée simple défendue par l’exécutif. Une coalition capable de s’entendre avant le scrutin sur un programme et sur un nom de chef de gouvernement, voilà ce qui offrirait au pays des majorités solides et durables. Luca Ciriani, ministre chargé des relations avec le Parlement, insiste sur ce point. La réforme garantirait, selon lui, la gouvernabilité du pays. Elle rendrait aussi service aux électeurs, puisqu’elle contraindrait les partis et leurs alliances à annoncer leurs intentions et leur candidat au poste de Premier ministre bien avant le jour du vote.
En face, la gauche ne l’entend pas de cette oreille. Chiara Braga, qui préside le groupe parlementaire du Parti démocrate, principale formation d’opposition, dénonce un texte qui déforme les règles démocratiques au profit de ceux qui gouvernent déjà. Son parti et ses alliés voteront contre. L’exigence d’un candidat unique pourrait d’ailleurs compliquer la tâche du centre-gauche, tiraillé sur plusieurs dossiers de fond et incapable, pour l’instant, de s’accorder sur un nom.
Le scrutin se tiendra à bulletin secret, de quoi laisser la porte ouverte à quelques défections dans les rangs de la majorité. Giorgia Meloni a prévenu qu’elle quitterait le pouvoir si la loi était rejetée. Peu d’élus semblent pourtant prêts à provoquer des élections immédiates. Sa coalition, elle, montre des signes de nervosité à mesure que l’échéance approche.
Concrètement, le système actuel mélange des sièges attribués au scrutin majoritaire et d’autres à la proportionnelle, une combinaison qui ne devrait donner de majorité nette à aucun des deux camps. La nouvelle loi mise tout sur la proportionnelle, avec un bonus de 70 sièges à la Chambre des députés et de 35 au Sénat pour toute alliance qui franchit la barre des 42 % des voix. Un seuil loin d’être évident à atteindre, à droite comme à gauche. Une enquête d’opinion récente laisse toutefois penser que le centre-gauche pourrait le dépasser, à condition de faire taire ses querelles internes et de convaincre deux petits partis radicaux de rejoindre son camp.
À droite, la situation n’est pas plus confortable. La coalition de Giorgia Meloni perd du terrain face à l’ancien général Roberto Vannacci et à sa formation Futuro Nazionale, une étiquette d’extrême droite créditée de meilleurs scores que chacun des deux alliés de la cheffe du gouvernement, la Ligue anti-immigration et Forza Italia. Giorgia Meloni a jusqu’ici écarté toute alliance avec lui, mais elle pourrait bien avoir besoin de son soutien.
Pour Giovanni Orsina, politologue à l’université Luiss de Rome, l’adoption du texte est extrêmement probable. Il souligne le peu de risques que prend Giorgia Meloni lors du vote, avant d’ajouter que la réforme ouvre un paysage électoral complètement concurrentiel, où elle peut perdre le scrutin. En septembre, la dirigeante est devenue la cheffe de gouvernement la plus durable de l’Italie de l’après-guerre. Son mandat doit s’achever en octobre 2027, mais elle pourrait décider de convoquer les urnes dès avril ou mai. Les partis d’opposition, eux, ont déjà annoncé qu’ils saisiraient les tribunaux pour contester la nouvelle loi électorale avant cette échéance.
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