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Des soldats érythréens s’installent dans le nord du Tigré et se rapprochent des troupes éthiopiennes
Depuis quatre jours, des militaires érythréens circulent autour d’Adigrat et descendent vers le sud avec de l’armement lourd. Sur le même axe, les forces…


Depuis quatre jours, des militaires érythréens circulent autour d’Adigrat et descendent vers le sud avec de l’armement lourd. Sur le même axe, les forces progouvernementales éthiopiennes avancent à leur rencontre, et les deux armées ne sont plus séparées que par une centaine de kilomètres.
Ils viennent du nord et ils ne repartent pas. Depuis plusieurs jours, des soldats érythréens sont signalés à Adigrat, une ville du nord du Tigré située à une quarantaine de kilomètres de la frontière. « Il y a des soldats érythréens à Adigrat ces quatre derniers jours, la population est très inquiète », témoigne un responsable local. Un habitant décrit des colonnes qui traversent la cité avec de l’armement lourd et filent vers Idaga Hamus, à une vingtaine de kilomètres au sud-est, sur la route qui relie Mekele à la frontière. Un autre affirme avoir croisé des militaires en uniforme érythréen sur la voie bitumée, marchant vers le sud.
En face, les troupes favorables au pouvoir fédéral avancent aussi. Le général Gebreigziabher Beyene, qui commande la Force de paix du Tigré, une milice tigréenne alliée à Addis-Abeba, situe ses hommes du côté de Wukro, à cinquante kilomètres au nord de Mekele et soixante-dix au sud d’Adigrat. Mardi, après des combats, ces forces se sont emparées d’Abiy Addi, à l’ouest de Mekele et à une centaine de kilomètres au sud d’Adwa, sur un second axe menant vers l’Érythrée. Le même officier assure que les unités érythréennes sont dotées d’armes lourdes, qu’elles ont atteint Idaga Hamus et que des drones éthiopiens les prennent pour cible. Les deux armées se retrouvent donc à moins de cent kilomètres l’une de l’autre.
Le décor était planté bien avant ces mouvements. Les hostilités ont repris le 23 septembre dans le nord de l’Éthiopie entre l’armée fédérale et les groupes qui contestent le gouvernement d’Abiy Ahmed, au premier rang desquels le Front de libération du peuple du Tigré, qui dirigeait de fait la région depuis avril et défiait l’autorité centrale. Samedi, l’armée éthiopienne et la Force de paix du Tigré ont repris Mekele sans livrer bataille. La capitale régionale se trouve à environ cent cinquante kilomètres par la route de la frontière érythréenne, assez près pour que beaucoup craignent une extension du conflit au-delà des limites du pays. Le 1er octobre, le climat s’est encore durci entre les deux voisins. Addis-Abeba a accusé Asmara d’actes d’hostilité et de belligérance, ce qui a entraîné la rupture de relations diplomatiques rétablies en 2018 seulement, après dix-huit ans de froid succédant à la guerre de 1998 à 2000.
Du côté érythréen, on ne dément pas vraiment, on retourne l’accusation. Le ministre de l’Information, Yemane Gebremeskel, soutient que le gouvernement éthiopien cherche surtout à fabriquer un récit de « légitime défense » pour justifier et camoufler la guerre d’agression qu’il entend mener contre son voisin. Ni Addis-Abeba ni Asmara n’ont répondu aux questions qui leur ont été posées. Pour un spécialiste de la région basé en Norvège, la logique d’Asmara est simple. Elle veut conserver une profondeur stratégique et une zone-tampon dans le nord du Tigré, et affronter les forces de défense éthiopiennes sur le sol tigréen plutôt que sur le sien. Les frappes de drones, elles, ne se limitent pas à cet axe routier. D’autres cibles ont été touchées ces derniers jours, notamment à Adwa, à une quarantaine de kilomètres de la frontière érythréenne, pendant le week-end. Un habitant rapporte que deux hôtels ont été visés et que plusieurs personnes sont mortes, sans qu’il soit possible de vérifier ces éléments de façon indépendante.
Reste la toile de fond, qui dépasse largement les villages traversés par les convois. Abiy Ahmed, reconduit lundi à la tête du gouvernement après les élections de juin et patron du parti Prospérité, a répété qu’il fallait garantir à l’Éthiopie un accès à la mer Rouge. Le pays l’a perdu en 1993, quand l’Érythrée, ancienne colonie italienne progressivement annexée dans les années 1950, a accédé à l’indépendance. C’est cette rivalité régionale, autour de la mer Rouge et des frontières, qui donne à la progression des troupes érythréennes dans le Tigré une portée bien plus large que celle d’un simple mouvement de troupes.
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