Économie
Finances publiques, la France n’a plus aucune marge d’erreur
Les marchés ne lâchent plus l’Hexagone, et cette pression arrive à point nommé avant la présidentielle. Pour l’économiste Angel Ubide, elle doit servir de…


Les marchés ne lâchent plus l’Hexagone, et cette pression arrive à point nommé avant la présidentielle. Pour l’économiste Angel Ubide, elle doit servir de rappel à l’ordre sur la maîtrise des dépenses.
Le dossier budgétaire français s’est hissé cette semaine au premier rang des préoccupations des investisseurs. Le pays traîne un déficit public élevé, ses coûts de financement s’envolent, et le mouvement s’inscrit dans un contexte plus large de tensions sur les marchés obligataires mondiaux. Résultat direct, une vague de ventes a frappé l’euro, les investisseurs redoutant que la fragilité des comptes français ne déborde sur le reste du bloc monétaire. Dans ce climat, la moindre approximation se paie comptant.
Pour Angel Ubide, responsable de la recherche économique sur les obligations et la macroéconomie chez Citadel, la France ne peut plus se permettre la moindre erreur dans l’assainissement de ses finances. Le gestionnaire d’actifs, qui pilote 76 milliards de dollars, soit environ 67,9 milliards d’euros, voit dans la pression exercée par les marchés un motif de recentrage sur la maîtrise des dépenses à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Il refuse en revanche de parler de risque systémique à ce stade. « La France est un très grand pays. Si nous parlons d’un problème systémique concernant la France, nous parlons d’un problème systémique pour l’Europe. J’espère et je m’attends à ce que nous n’en arrivions pas au point d’avoir cette discussion », confie-t-il.
Les chiffres traduisent cette nervosité. Le rendement des obligations souveraines françaises à dix ans a touché la semaine dernière un sommet inédit depuis 2002. L’écart avec le Bund allemand de même échéance s’est creusé vendredi à plus de 150 points de base, un niveau plus observé depuis la fin 2011. L’euro est de son côté tombé lundi à un plancher de 17 mois face à la devise américaine, sous la barre des 1,12 dollar. Jusqu’ici, ni les responsables de la Banque centrale européenne, ni le ministre français de l’Économie, ni le gouverneur de la Banque de France n’ont jugé utile une intervention de Francfort pour stabiliser le marché.
L’économiste regarde aussi au-delà de la seule présidentielle. Il juge essentiel que le scrutin législatif débouche sur une majorité capable de tenir les finances publiques. La pression des marchés lui paraît dès lors précieuse. « Je pense donc que la pression des marchés, en ce sens, est bénéfique, car elle envoie un signal clair indiquant qu’il n’y a pas de marge d’erreur – c’est ce qui importe le plus », ajoute-t-il.
Le risque n’est pas seulement financier. Une composante politique s’ajoute à l’équation. L’élection présidentielle approche dans un climat de mobilisation lycéenne contre la détérioration des conditions d’enseignement, alors que la hausse du coût de la vie continue de peser sur les ménages. Ce mélange de tensions augmente la probabilité que des électeurs mécontents tournent le dos aux partis traditionnels au profit de formations plus radicales, un phénomène déjà observé ailleurs, y compris récemment en Allemagne.
En France, Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national et favorite dans les sondages, s’est engagée mardi à renforcer considérablement les mesures d’austérité si elle était élue. Ses propositions laissent toutefois les économistes sceptiques. La faisabilité de coupes budgétaires d’une telle ampleur interroge, d’autant que la candidate n’a livré que très peu de détails sur son projet concernant le système de retraite. « Il subsiste une grande inconnue. Qui est la véritable Marine Le Pen ? Nous en sommes encore à la découverte, et il faudra du temps au marché pour se forger une opinion », souligne Angel Ubide.
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