Politique
Un budget 2027 déjà sous haute tension à l’Assemblée
Les députés entament mercredi l’examen du budget 2027, à quelques mois seulement de la présidentielle. Mobilisations sociales, marchés nerveux et rapports…

Les députés entament mercredi l’examen du budget 2027, à quelques mois seulement de la présidentielle. Mobilisations sociales, marchés nerveux et rapports de force politiques annoncent des débats très tendus.
C’est une première manche, et elle s’annonce animée. La commission des Finances de l’Assemblée nationale ouvre mercredi ses travaux sur la partie recettes du projet de budget de l’Etat pour 2027, avec au moins trois jours de discussions au programme. Une répétition générale, puisque les députés repartiront de toute façon de la copie gouvernementale initiale dans l’hémicycle, le 13 octobre. Sur la table, environ 1.700 amendements, dont certains devraient être jugés irrecevables.
L’enjeu est de taille. L’exécutif vise une réduction du déficit public à 5% du PIB en 2027, ce qui suppose quelque 45 milliards d’euros d’efforts nouveaux. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a défendu cette trajectoire en évoquant le « réel » qui « nous rattrape », dans un contexte de hausse du coût de la dette. Une partie de l’ajustement passera par des coupes, mais plusieurs mesures de recettes vont aussi faire l’objet de vifs échanges dès cette semaine.
Le premier article sensible prévoit d’abaisser de 10% le plafond de l’abattement dont bénéficient les retraités, qui passerait à 3.000 euros. Des élus LFI, RN et même du camp gouvernemental veulent y revenir. Les entreprises sont elles aussi mises à contribution, même si la surtaxe sur les sociétés des grandes entreprises sera ramenée à 5 milliards d’euros, contre 7,3 actuellement. D’autres taxes, nouvelles ou alourdies, hérissent les sociétés concessionnaires d’autoroutes et le secteur aérien.
À l’Assemblée, l’accueil est glacial. Eric Coquerel, président LFI de la commission des Finances, juge le texte « déconnecté des réalités » du pays. Charles de Courson, du groupe Liot, dénonce une « hausse massive des prélèvements » et chiffre les impôts nouveaux à 17 ou 18 milliards d’euros. Quant au PS, qui avait épargné l’exécutif l’an dernier, il parle désormais de « provocation » et semble peu enclin à recommencer. Faute de majorité, le gouvernement pourrait devoir dégainer l’article 49 alinéa 3, à condition qu’un compromis écarte les censures du PS ou du RN.
Les oppositions avancent déjà leurs pions. LFI veut geler les loyers des logements sociaux et porter à 15% la taxe sur les géants du numérique, contre 3% aujourd’hui. Le PS cible certaines niches fiscales, comme celle sur le tonnage dont profite CMA-CGM. La gauche met ses divisions entre parenthèses pour défendre l’impôt plancher sur les patrimoines, inspiré des travaux de l’économiste Gabriel Zucman. Côté RN, Marine Le Pen qualifie le budget de « très mauvais » sans pour autant vouloir censurer, en pleine course à l’Elysée. Elle a salué le délai de carence prévu pour certaines allocations versées aux étrangers et estime avoir été en partie « entendue ». Son groupe défendra une part fiscale pleine dès le deuxième enfant, ou encore une taxe visant les employeurs recourant à des travailleurs étrangers hors UE tant que le plein emploi n’est pas atteint.
Si le 49.3 s’avère impossible ou trop coûteux en concessions, l’exécutif pourrait opter pour des ordonnances budgétaires, jamais utilisées jusqu’ici, qui permettraient d’adopter le budget sans le moindre vote. Il faudrait alors patienter 70 jours de débats. Un délai qui préoccupe Philippe Juvin, rapporteur général LR, inquiet de l’effet de ces discussions « sur les marchés ». Car, résume-t-il, « tout est regardé ».
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