Monde
Dans le nord d’Israël, la base de Netanyahu se met à douter
À Nahariya et Shlomi, à quelques kilomètres seulement de la frontière libanaise, des électeurs de longue date du Premier ministre israélien racontent leur…

À Nahariya et Shlomi, à quelques kilomètres seulement de la frontière libanaise, des électeurs de longue date du Premier ministre israélien racontent leur lassitude après trois ans de guerre. Certains basculent vers son principal rival, d’autres continuent de voir en lui le seul rempart.
La frontière libanaise est juste derrière la colline, à portée de regard. Les sirènes, les abris qu’il faut rejoindre en courant, les nuits coupées en deux, Sigal Malachi connaît depuis l’enfance. « Nous avons grandi avec les roquettes Katioucha et les bombes », raconte cette habitante du nord du pays, qui se souvient qu’il fallait se mettre à l’abri « en une seconde » dès que l’alerte retentissait. Sauf que ce conflit-là n’a rien à voir avec les précédents. « Depuis le 7 octobre, nous ne dormons plus bien. J’ai envisagé de partir. Mais mes racines sont si profondes que je reste. » En mars, elle a rouvert sa pépinière près de Nahariya, à moins de dix kilomètres de la frontière, après deux ans de fermeture.
Le calendrier pèse lourd dans les esprits. Israël commémore ces jours-ci le troisième anniversaire de l’attaque sans précédent du 7 octobre 2023, et de la riposte israélienne qui a dévasté la bande de Gaza. En soutien au Hamas, le Hezbollah avait alors attaqué Israël, poussant de nombreux habitants du nord à fuir. Un cessez-le-feu fragile signé en novembre 2025 avait laissé la vie reprendre timidement son cours au début de 2026, avant que les États-Unis et Israël ne bombardent l’Iran fin février et que le Hezbollah ne relance ses frappes pour soutenir la République islamique. Une nouvelle accalmie s’est installée depuis, mais Israël n’a pas arrêté ses opérations militaires au Liban. De l’autre côté de la frontière, l’incertitude reste totale, et beaucoup reprochent au gouvernement de n’avoir pas su ramener une paix durable après le 7 octobre.
Chez certains, la décision est déjà prise. Maxim Zarbaylov, installé à Nahariya et originaire de l’ex-Union soviétique, a toujours glissé un bulletin pour « Bibi » dans l’urne. Cette fois, il choisira Eisenkot, le principal adversaire du Premier ministre. « Ce qui s’est passé le 7 octobre, Benjamin Netanyahu aurait pu l’empêcher, mais il ne l’a pas fait. L’armée, le haut commandement, le chef d’état-major auraient pu l’empêcher », tranche-t-il. Même son de cloche chez Shadi Tuma, qui tient à Shlomi le seul supermarché resté ouvert pendant toute la dernière guerre. « Cette région vit un traumatisme que nous n’avons jamais connu. Il y a de la colère. Le gouvernement est incapable d’apporter une solution », dit-il. Le poids électoral de ce secteur n’a rien d’anecdotique. En 2022, le Likoud y avait récolté 43 % des voix à Shlomi, contre 23 % à l’échelle nationale.
Tout le monde n’a pourtant pas décroché. Patrice Haddad, retraité français arrivé à Nahariya il y a un an, a vite compris ce que veut dire vivre sous la menace des roquettes. « On nous disait que nous avions 30 secondes pour trouver un abri. En réalité, parfois nous n’en avions même pas 15 », souffle-t-il. Malgré cela, il ne changera pas de camp. « La gauche en Israël a fait beaucoup de mal, elle voulait céder des territoires. Il est important de voter à droite, car avec un gouvernement comme celui de Netanyahu, nous nous sentirons protégés. » Entre ceux qui ne lui pardonnent pas le 7 octobre et ceux qui ne voient toujours que lui pour les défendre, le nord d’Israël aborde les législatives de fin octobre avec une question simple en tête. À qui confier sa sécurité quand la guerre dure depuis trois ans ?
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