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Une jeunesse en colère défile pour réclamer des moyens

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté partout en France, des lycéens pour beaucoup, bien décidés à se faire entendre. Entre pancartes, gaz…

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Une jeunesse en colère défile pour réclamer des moyens

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté partout en France, des lycéens pour beaucoup, bien décidés à se faire entendre. Entre pancartes, gaz lacrymogène et réponses attendues du gouvernement, la mobilisation prend de l’ampleur.

Un peu partout en France, les rues se sont remplies. Des dizaines de milliers de personnes ont défilé, et dans les cortèges on trouvait surtout des lycéens, mais aussi des parents, des enseignants et des syndicalistes. Tous réclament des moyens. Le mouvement a démarré à la mi-septembre à Créteil avant de gagner le reste du pays. Cette troisième grande journée d’action a rassemblé environ 86.000 personnes en province, et le défilé parisien, entre République et Nation, devait mobiliser entre 20.000 et 40.000 participants.

Ce que les jeunes dénoncent n’a guère bougé depuis le début. Des bâtiments insalubres, des classes et des emplois du temps surchargés, des professeurs jamais remplacés, des inégalités creusées par Parcoursup. Sur les 3.700 lycées du pays, 891 ont vu leurs cours suspendus, en totalité ou en partie. À Marseille, où 4.800 personnes étaient rassemblées, Selma, 15 ans, avance avec une boule au ventre. Elle dit craindre pour son avenir et ne pas cacher une certaine colère. À Nantes, les pancartes claquent, entre « Jeunesse fâchée, pas facho » et « Lancez des profs, pas des lacrymo ». À Rennes, une banderole résume l’état d’esprit ambiant. « On veut être écoutés, pas chargés. » Ulysse, 15 ans, raconte lui aussi le quotidien, deux semaines sans professeur d’histoire. À Toulouse, Anne, 68 ans, psychologue à la retraite, marche par solidarité et juge ce mouvement totalement légitime et mal entendu.

La journée est restée globalement calme, sans incident majeur signalé. À Lyon, pourtant, la police a fait usage de gaz lacrymogène après que de petits groupes ont tiré des mortiers d’artifice en sa direction, à la fin d’un défilé qui avait rassemblé 20.000 personnes jusque-là tranquilles. Depuis le début de la mobilisation, 215 élèves ont été blessés, l’immense majorité dans le cadre d’accidents ou par d’autres individus extérieurs. Deux drames ont marqué les esprits. À Tours, un lycéen de 16 ans a perdu l’usage d’un œil lors d’un blocage. À Lens, un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée.

Du côté du gouvernement, les réponses se cherchent. La Commission nationale consultative des droits de l’homme a fait part de sa vive inquiétude, pointant un recours disproportionné à la force. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez assure, lui, que les interventions des forces de l’ordre se font dans la plus grande proportionnalité. Son homologue de l’Éducation, Edouard Geffray, parle de drame et a annoncé une plateforme où les élèves pourront dire leurs difficultés et leurs attentes jusqu’au 23 octobre. Le Premier ministre Sébastien Lecornu devait, de son côté, répondre à l’Assemblée nationale à une première question sur ce mouvement, dont la gestion sécuritaire est critiquée. Les Écologistes ont appelé élus et parents à manifester en blanc pour protéger les enfants dans les rassemblements.

Aux lycéens viennent s’ajouter les étudiants. L’Union étudiante affirme que 100 % des facultés, hors Outre-mer, sont mobilisées. Deux grandes universités ont décidé de fermer leurs campus, Aix-Marseille, la plus importante de France avec ses 84.000 étudiants, et Sorbonne Université. Le tout dans un climat social et politique particulièrement tendu, sur fond de hausse des prix et de coupes budgétaires qui touchent aussi les jeunes, à commencer par les aides au logement. À un peu plus de six mois de la présidentielle, certains de ces manifestants voteront pour la première fois.

Les chiffres donnent la mesure des tensions. Plus de 700 blessés chez les forces de l’ordre, près d’une centaine chez les personnels de l’éducation. Quelque 6.059 interpellations ont eu lieu depuis le 28 septembre, et plus de 5.000 personnes, essentiellement des mineurs, ont été placées en garde à vue. Dix enquêtes ont été ouvertes par la police des polices, chargée de contrôler les forces de l’ordre.

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