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Un gorille narquois, des livraisons nocturnes et un trafic de stups piloté depuis la prison de Meaux

Vingt-et-un suspects sont renvoyés devant la justice parisienne en janvier 2027 pour un vaste trafic de stupéfiants en Île-de-France. Derrière l’affaire…

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Un gorille narquois, des livraisons nocturnes et un trafic de stups piloté depuis la prison de Meaux

Vingt-et-un suspects sont renvoyés devant la justice parisienne en janvier 2027 pour un vaste trafic de stupéfiants en Île-de-France. Derrière l’affaire, une plateforme en ligne au logo de gorille, des commandes passées sur Telegram et des ramifications jusqu’aux États-Unis.

Tout commence par un logo. Un gorille renfrogné, casquette vissée sur la tête, joint aux lèvres, repéré par les enquêteurs dès 2024. Derrière cette image, un canal en ligne qui sert à vanter la marchandise, prendre les commandes et organiser les livraisons de stupéfiants en Île-de-France. Le système tourne entre 2023 et les arrestations principales de 2025. Pour y accéder, il suffit de se connecter sur Telegram, par exemple à FrappeIDF94 pour le cannabis, frappe étant le mot d’argot pour désigner la vente, ou à FrappeIDFCoco75 pour la cocaïne.

L’ironie de l’affaire tient à son quartier général. Trois hommes déjà incarcérés pour d’autres dossiers de stups, Théo S., Nadjib B. et Youssef-Amine G., sont soupçonnés d’avoir fait tourner le business depuis la prison de Meaux, en Seine-et-Marne. Les fouilles de leurs cellules ont mis au jour des téléphones portables et des comptes griffonnés, avec des montants à six chiffres. Les noms de codes des livraisons parisiennes ne manquent pas d’humour noir, à l’image de Parloir 77, clin d’œil au département où se trouve l’établissement pénitentiaire. Me Yanis Ariouat, avocat de Nadjib B., n’a pas souhaité s’exprimer. Côté volume, les livraisons se comptent par cinq à dix chaque soir, pour un minimum de cent euros. Des promotions ponctuelles font baisser la note, comme ce tarif affiché de 2 250 euros le kilo, réglable en liquide ou en cryptomonnaies. Le pactole annuel est estimé entre 1,1 et 1,6 million d’euros, redistribué selon le rang de chacun dans la hiérarchie.

La plateforme aurait aussi sa conceptrice, éloignée des cellules de Meaux. Elle s’est plainte auprès des enquêteurs de voir ses visuels « enlaidis » par d’autres administrateurs. « Ma cliente a assumé un rôle parfaitement périphérique et a vécu une incarcération violente », plaide Me Marie Violleau, qui « espère que les prévenus seront traités équitablement et non comme des instruments de communication de politique pénale ». En bas de l’échelle, la main-d’œuvre se recrute parfois sur Snapchat. Il faut conditionner la marchandise, par exemple remplir 140 pots de résine de cannabis pour 200 euros, mais aussi récupérer les espèces et les transformer en courses alimentaires ou en cadeaux destinés à la compagne d’un des cerveaux incarcérés. Me Anaïs Gallanti, avocate de cette dernière petite main présumée, n’a pas voulu s’exprimer à ce stade.

Les prix dépendent ensuite de la provenance. Le cannabis et ses dérivés arrivent des Pays-Bas, sous l’appellation Amnesia pro, ou des États-Unis, sous le nom Cali foudre, pour Californie. Deux hommes, Sinbad M. et Quincy B., jouent les émissaires sur la côte Ouest américaine. Le premier aurait écumé les salons professionnels du cannabis pour dénicher des fournisseurs ou sonder le marché noir, selon les éléments rassemblés. Me Jean-Marc Fédida, son avocat, n’a pas commenté. Des mules font ensuite voyager la marchandise, quand les colis ne partent pas avec de faux bordereaux. La douane intercepte parfois des envois impossibles à tracer, et les tensions montent. Quincy B. aurait ainsi commandité, début 2025, l’enlèvement d’un livreur Fedex. Ce coursier, soupçonné de détourner des colis, est menacé de perdre un doigt ou de finir dans la Seine. Finalement relâché au matin à Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, il s’en sort avec des douleurs au dos et aux cervicales.

Les voyages de Quincy B. prennent fin début 2026. Visé par une notice rouge d’Interpol, il est interpellé en Thaïlande. Me Tarek Koraitem, son avocat, n’a pas voulu s’exprimer « à ce stade de la procédure ». Il devient le dernier gros poisson à tomber dans les filets. Les enquêteurs, eux, ont décortiqué des téléphones clandestins et des alias savoureux, dont un certain Hannibal Lecteur, jeu de mots sur le personnage du « Silence des agneaux ». Tous les mis en cause se retrouveront pour une douzaine d’après-midi d’audience correctionnelle, du 5 au 22 janvier 2027.

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