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Abiy Ahmed reconduit sans surprise en Éthiopie, pendant que le Tigré compte encore ses morts

Sans adversaire, le Premier ministre éthiopien a été approuvé à l’unanimité par les députés. Il tend la main aux groupes armés tout en réclamant un accès…

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Abiy Ahmed reconduit sans surprise en Éthiopie, pendant que le Tigré compte encore ses morts

Sans adversaire, le Premier ministre éthiopien a été approuvé à l’unanimité par les députés. Il tend la main aux groupes armés tout en réclamant un accès à la mer Rouge, alors que le nord du pays reste en guerre.

Le Parlement éthiopien n’a pas fait durer le suspense. Au terme des législatives de juin, la chambre basse a validé à l’unanimité la candidature d’Abiy Ahmed à la tête du gouvernement fédéral. Il était le seul en lice. Sa formation, la Prospérité, qu’il a lui-même fondée et qu’il dirige, occupe environ 90 % des sièges. Arrivé aux commandes en 2018, il repart donc pour un nouveau mandat, dans une Éthiopie fracturée par des conflits d’intensité variable, dont les ressorts sont souvent politiques et identitaires.

Devant les députés, le chef du gouvernement a appelé les groupes armés à sortir « des forêts » pour « participer à des mécanismes de paix ». Dans le même souffle, il a pointé, sans les nommer, des « traîtres de l’intérieur » et des « ennemis de l’extérieur » qui travailleraient main dans la main pour freiner le progrès du pays. Cette ouverture n’efface pas une revendication qui empoisonne ses relations avec ses voisins depuis des décennies. Pour ses 130 millions d’habitants, dit-il, l’Éthiopie a besoin d’un accès à la mer Rouge, perdu en 1993 quand l’Érythrée, ancienne colonie italienne progressivement annexée dans les années 1950, a pris son indépendance. « La modernisation de l’Éthiopie ne peut réussir totalement sans accès à la mer », a-t-il insisté, en jurant vouloir y parvenir par des moyens pacifiques.

À Asmara, ce refrain passe très mal. L’Érythrée accuse Addis-Abeba de lorgner son port d’Assab, et le climat s’est encore dégradé. La capitale éthiopienne a dénoncé des « actes d’hostilité et de belligérance » venus de son voisin, provoquant la rupture de relations diplomatiques rétablies seulement en 2018. Ces liens avaient été renoués après deux ans d’une guerre frontalière meurtrière, suivis de dix-huit années de rapports glacés.

Sur le terrain, le conflit est loin d’être terminé. Depuis la reprise des combats fin septembre dans le nord, l’armée fédérale affronte les forces du Front de libération du peuple du Tigré, qui dirigeait de fait cette région et défiait à nouveau l’autorité centrale. Les troupes fédérales sont entrées sans résistance dans Mekele, la capitale régionale, désertée par les combattants du TPLF. Mais elles ne contrôlent qu’une partie du Tigré, et le mouvement promet de basculer dans la guérilla. Des drones ont frappé pendant le week-end un camp de déplacés à Adi Abay, près de la frontière érythréenne, à plus de 150 kilomètres au nord-ouest de Mekele. Le bilan provisoire fait état d’au moins huit morts, dont un enfant, et de six blessés graves. Un témoin évoque de son côté neuf victimes, parmi lesquelles six membres d’une même famille. D’autres frappes ont touché Adwa, à une centaine de kilomètres de Mekele, sans bilan connu. Les informations filtrent mal, les réseaux de télécommunications sont perturbés et l’accès à la région reste compliqué, ce qui rend toute vérification difficile.

À Mekele, la vie tente de reprendre tant bien que mal. Les banques, fermées depuis la reprise des hostilités, ont rouvert leurs portes, mais sans argent liquide aux guichets. Les transports publics circulent grâce à du carburant de contrebande, les stations-service restant à l’arrêt faute d’approvisionnement, coupé depuis plusieurs mois. Quelques boutiques ont relevé le rideau, la majorité est restée close. Le souvenir du précédent conflit, lui, reste intact. Entre 2020 et 2022, le pouvoir fédéral et le TPLF se sont livré une guerre d’une violence extrême, l’une des plus meurtrières au monde ces dernières années, avec au moins 600 000 morts, un chiffre sans doute en dessous de la réalité. Un accord avait fait taire les armes fin 2022, mais plusieurs de ses dispositions clés n’ont jamais été appliquées, alimentant la crise actuelle. La grande crainte, désormais, est que le conflit déborde des frontières éthiopiennes, en particulier vers l’Érythrée, qui partage une longue frontière avec le Tigré au nord.

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