Monde
Lula face à Flavio Bolsonaro, un duel qui dépasse les frontières du Brésil
Ils sont 160 millions à devoir trancher dimanche entre deux visions opposées de leur pays, dans une Amérique latine où la droite ne cesse de gagner du…


Ils sont 160 millions à devoir trancher dimanche entre deux visions opposées de leur pays, dans une Amérique latine où la droite ne cesse de gagner du terrain. Le résultat pourrait bien peser sur tout le continent.
Un visage familier, un nom qui l’est beaucoup moins. D’un côté, Luiz Inacio Lula da Silva, 80 ans, revenu au pouvoir en 2023 et candidat à un quatrième mandat. De l’autre, le sénateur Flavio Bolsonaro, 45 ans, inconnu du grand public jusqu’à ce que son père, l’ancien président Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans de prison pour avoir tenté de se maintenir après sa défaite de 2022, le pousse sur le devant de la scène. Un parfum de déjà-vu pour un électorat que les sondages disent encore très indécis.
Lula affirme que la souveraineté de son pays est en jeu face aux pressions américaines. Il faut dire que l’ombre de Donald Trump a plané sur toute la campagne. Le président américain n’a jamais officiellement soutenu Flavio Bolsonaro, mais il a brandi droits de douane et sanctions contre le Brésil depuis le procès de son allié Jair. Dans les rassemblements de la droite, les drapeaux américains fleurissent et les références à la Maison Blanche pleuvent. Lula, lui, a demandé sans détour à Washington de ne pas se mêler du scrutin.
Les débats ont surtout viré au règlement de comptes. Lula a jugé son adversaire incapable, même, de gérer un immeuble. Flavio Bolsonaro, qui se présente comme plus modéré que son père, a répliqué que le pays ne supportait plus son président. Les deux camps s’accusent tour à tour de malversations. Le sénateur est visé dans une affaire de corruption et de blanchiment autour du financement d’un film à la gloire de Jair. Lula, lui, a passé plus de dix-huit mois derrière les barreaux en 2018 et 2019 pour corruption, avant l’annulation de sa condamnation pour des motifs de procédure.
Sur le terrain, l’heure est au doute. Joelio Camargo, coursier de 52 ans à Brasilia, avoue son trouble. Il a voté Lula par le passé, le trouve désormais trop vieux, mais refuse de se rabattre sur un Bolsonaro. Une hésitation que partagent beaucoup d’électeurs, tentés de décider au dernier moment. Pendant ce temps, les griefs du quotidien remontent. Le coût de la vie, l’insécurité, autant de sujets qui reviennent, même si le chômage n’a jamais été aussi bas et si les programmes sociaux du chef de l’Etat ont sorti des millions de personnes de la pauvreté dans les années 2000.
L’autre grand dossier, c’est l’Amazonie. Lula a nettement ralenti la déforestation, une priorité pour les communautés indigènes. Bepdjo Mekragnotire, chef du village de Bau, dans la forêt, promet son vote au président sortant. Il redoute qu’une victoire de Flavio Bolsonaro n’apporte son lot de mines illégales et de destruction. Du côté des partisans du sénateur, un autre son de cloche domine. Carlos Roberto dos Santos, éleveur de 62 ans à Barretos, dénonce des dépenses publiques hors de contrôle. Trop de programmes sociaux selon lui, et pour rembourser la dette, il faudra bien augmenter les impôts et les taux d’intérêt. Il votera pour le camp Bolsonaro.
Les sondages ne départagent pas les deux hommes. Une enquête publiée samedi soir donne Lula à 45% des intentions de vote contre 42% pour son rival, un écart minuscule que la marge d’erreur peut effacer. Aucun des deux n’atteint les 50% nécessaires pour l’emporter dès dimanche. Si personne n’y parvient, les Brésiliens retourneront aux urnes le 25 octobre.
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