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En Bosnie, un scrutin sous tension dans un pays qui se cherche

Quelque 3,4 millions d’électeurs votent dimanche dans un État fragmenté, l’un des plus pauvres d’Europe. Entre inflation, départs et partis aux manettes…

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En Bosnie, un scrutin sous tension dans un pays qui se cherche

Quelque 3,4 millions d’électeurs votent dimanche dans un État fragmenté, l’un des plus pauvres d’Europe. Entre inflation, départs et partis aux manettes depuis des décennies, le rendez-vous ressemble moins à un choix qu’à un test de survie.

Les électeurs de Bosnie-Herzégovine se rendent aux urnes dimanche pour des élections générales qui arrivent après des années de blocages politiques et de fractures communautaires profondes. Leur préoccupation première tient en peu de mots, un pouvoir d’achat qui recule, et aucune des formations en lice ne paraît en mesure d’y répondre de façon convaincante.

Le pays reste organisé selon l’architecture héritée de l’accord de paix de 1995, un empilement d’institutions qui répartit le pouvoir entre les trois communautés principales, Bosniaques musulmans, Croates catholiques et Serbes orthodoxes. Deux entités autonomes, dotées chacune de leur gouvernement, se partagent le territoire, la Republika Srpska et la fédération croato-bosniaque, cette dernière découpée en dix cantons avec leurs propres administrations. Au-dessus, un État central et une présidence tripartite. Les votants doivent désigner plus de 500 députés et responsables, dont les membres de cette présidence.

Ces élections mettent face à face des visions du pays très éloignées. Les formations bosniaques se posent en défenseures d’un État central fort et de l’intégrité du territoire, les Serbes restent attachés à leur autonomie et les Croates réclament une meilleure représentation politique. Aucun terrain d’entente ne se dessine sur ce point.

Le scrutin est aussi un test pour Milorad Dodik. Au pouvoir depuis 2006, ce tacticien chevronné a été démis en 2025 de ses fonctions de président de la Republika Srpska pour avoir ignoré l’autorité du Haut représentant international, chargé de faire respecter l’accord de paix. Une décision de justice lui interdit d’occuper ce poste pendant six ans. Il n’en a pas moins continué à diriger l’entité, porté par le poids de son parti, l’Union des sociaux-démocrates indépendants, dont il a piloté la campagne. Son entourage continue de l’appeler simplement « président ». Fidèle à sa ligne séparatiste, il a lancé vendredi soir devant ses partisans que « la Bosnie-Herzégovine est morte », un « pays impossible » qui « n’a aucun sens ».

Son candidat à la présidence de l’entité serbe, Savo Minic, affronte notamment le représentant du Parti démocratique serbe. Une formation nationaliste elle aussi, mais qui semble chercher un apaisement, alors que le rapprochement du pays avec l’Union européenne est à l’arrêt, entre crise politique permanente et réformes en panne. « Pour la première fois depuis 2006, il existe une chance réelle que le président de la Republika Srpska soit quelqu’un qui n’appartient pas au SNSD et qui n’est pas loyal envers Dodik », estime Adnan Cerimagic, analyste au sein du groupe de réflexion European Stability Initiative.

Côté bosniaque, la campagne s’est jouée sur la défense de l’État. Denis Becirovic, membre sortant de la présidence et cadre du Parti social-démocrate, brigue le même siège en se targuant de victoires en justice « contre les séparatistes » et en appelant à l’unité pour l’État de Bosnie-Herzégovine. Face à lui, Bakir Izetbegovic, à la tête du Parti de l’action démocratique, promet de « redonner la force aux Bosniaques ».

Le quotidien pèse lourd dans les urnes. Le salaire moyen est passé de 570 à 885 euros depuis 2022, mais le coût de la vie a grimpé de plus de 50 % sur la même période, selon les syndicats. Dans ce pays morcelé, l’un des plus pauvres du continent, la hausse des revenus ne compense pas. Les bulletins seront scannés pour la première fois dans les bureaux de vote et le décompte sera automatique, une réponse aux accusations de fraude qui accompagnent régulièrement les scrutins.

Beaucoup ne croient plus au vote. Sara Tusevljak, 29 ans, militante écologiste de Sarajevo-Est, dans l’entité serbe, dit ne saisir « aucun message attrayant » et juge que « la situation n’a jamais été pire ». Elle raconte les jeunes qu’elle a vus partir, convaincus que leur État et ceux qui gouvernent n’avaient rien à leur offrir pour rester. À Tuzla, dans l’entité croato-bosniaque, Adi Selman, 34 ans, l’un des animateurs du mouvement citoyen Karton Revolucija, ne voit pas de changement à l’horizon. L’offre politique se limite selon lui à des partis présents depuis trente ans, qui récoltent des voix sur la guerre, les tensions et les divisions. Pour la sociologue Sarina Bakic, professeure à la faculté de sciences politiques de Sarajevo, le départ n’est parfois même plus une question d’argent ou de chômage. C’est le climat, dit-elle, qui pousse les jeunes à s’en aller.

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