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En Afrique de l’Ouest, les filières scientifiques se vident et les futurs ingénieurs se font rares

Dans les lycées d’Abidjan, les salles de sciences se dégarnissent d’année en année. Un désamour qui touche une bonne partie de l’Afrique de l’Ouest et…

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En Afrique de l'Ouest, les filières scientifiques se vident et les futurs ingénieurs se font rares

Dans les lycées d’Abidjan, les salles de sciences se dégarnissent d’année en année. Un désamour qui touche une bonne partie de l’Afrique de l’Ouest et prive le continent de ses talents.

Au lycée moderne de Cocody, à Abidjan, une classe de première scientifique réunit une trentaine d’élèves. C’est déjà beaucoup. Dans la plupart des établissements ivoiriens, les sections dédiées aux mathématiques et à la physique rassemblent plutôt sept, huit ou dix jeunes, quand les filières littéraires peuvent grimper jusqu’à quatre-vingts. Le contraste saute aux yeux, et il raconte un phénomène bien plus large que les murs de cet établissement public reconnu.

Les chiffres confirment ce que le professeur Fabrice Gueï observe au quotidien. En 2022, à peine 0,6 % des candidats au baccalauréat ivoirien étaient inscrits en série C, la plus exigeante en mathématiques et physique. La série D, tournée vers les sciences naturelles, rassemblait 38 % des candidats, contre 45 % sept ans plus tôt. Le Mali, le Burkina Faso et la Guinée connaissent la même érosion. Partout, les autorités répètent vouloir redresser la barre. Sur le terrain, le compte n’y est pas.

Plusieurs raisons se conjuguent. Les investissements dans l’enseignement scientifique ont reculé. Les professeurs manquent, tout comme les laboratoires et le matériel. S’ajoute une peur tenace chez les élèves, qui jugent ces filières trop dures, trop lourdes en travail. Melagne Agnimel, inspecteur général chargé de l’enseignement secondaire, résume la situation en parlant d’un surcroît de charge qui pousse les jeunes vers les séries littéraires. Son collègue Gueï va plus loin et dénonce une véritable mystification entretenue autour de ces disciplines par certains enseignants, qui finissent par effrayer les enfants.

Le problème ne s’arrête pas aux portes du lycée. Une fois le bac en poche, les débouchés se révèlent minces. Les cursus universitaires collent mal aux avancées de la science, les écoles d’ingénieurs restent rares et les universités mal équipées. Pour le professeur de physique-chimie Youan Bi, ceux qui décrochent une place dans une grande école ou une bourse pour étudier à l’étranger s’en sortent. Les autres se rabattent souvent sur l’enseignement, avec des salaires jugés trop faibles. Résultat, beaucoup de scientifiques formés sur le continent partent exercer ailleurs. « Nous perdons nos scientifiques », soupire l’inspecteur Agnimel.

Le tableau dépasse les frontières ivoiriennes. Au Sénégal, la part de candidats en série scientifique au bac est passée de près de 30 % au début des années 2000 à 15,5 % aujourd’hui. Au Niger, certains lycées ont purement et simplement fermé leurs classes scientifiques, faute d’élèves. L’Unesco estimait en 2025 que l’Afrique ne produit que 1 % de la recherche scientifique mondiale, un retard que de nombreux experts considèrent comme le plus lourd de tous les continents.

Face à ce constat, des pays tentent de réagir. Campagnes de sensibilisation auprès des élèves, ouverture de collèges et lycées entièrement consacrés aux sciences, création de pôles scientifiques sur tout le territoire ivoirien et de nouvelles classes préparatoires aux grandes écoles pour attirer les meilleurs en maths et en physique. La Côte d’Ivoire a fait de ce chantier une priorité.

Chez les élèves, la détermination existe encore. Abdoulaye Harouna, 19 ans, en terminale C, a longtemps douté. « C’est une filière vraiment difficile qui demande beaucoup de sacrifices », confie-t-il avec un sourire. Mais voir son grand frère, passé par la même filière, devenir ingénieur en énergie solaire et bien gagner sa vie a changé la donne. « Si tu travailles bien dans cette série, ton avenir est garanti », veut-il croire.

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