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Quand les fumées des mégafeux rendent les pompiers malades

Chaque été, les feux de forêt projettent des milliers de sapeurs-pompiers au cœur de panaches chargés de particules et de produits toxiques. Cette…

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Quand les fumées des mégafeux rendent les pompiers malades

Chaque été, les feux de forêt projettent des milliers de sapeurs-pompiers au cœur de panaches chargés de particules et de produits toxiques. Cette exposition massive à la fumée reste le point faible de leur protection, et elle laisse des hommes et des femmes durablement abîmés.

Les incendies qui ont ravagé les massifs cet été ont encore envoyé les soldats du feu dans des nuages épais, parfois à deux mètres des flammes. Le danger fait partie du métier. La fumée, elle, passe encore pour un simple désagrément. Sauf qu’elle transporte des particules fines, du monoxyde de carbone et une série de substances irritantes qui s’installent dans les bronches et n’en repartent pas toujours.

Les données existent, et elles ne sont pas neuves. Dès 2017, la caisse de retraite des fonctionnaires territoriaux prévenait que l’exposition répétée à des substances irritantes provoque une baisse de la fonction pulmonaire et l’apparition de maladies respiratoires chroniques. Plus récemment, l’agence sanitaire française a confirmé l’effet délétère des épisodes de fumées sur la mortalité non accidentelle à court terme. Elle décrit aussi des symptômes que les pompiers connaissent par cœur, la toux, l’irritation, l’essoufflement. La plupart du temps réversibles, mais capables de traîner jusqu’à deux ou trois ans.

Le parcours de Guillaume Vasselin résume ce que ces lignes signifient dans une vie. Trente ans de métier. Après les mégafeux girondins de 2022, il développe un état asthmatique et des toux invalidantes pendant quatre mois. L’hiver suivant, il est déclaré inapte sur le plan opérationnel. Il faut attendre avril 2023 pour qu’un pneumologue fasse enfin le rapprochement avec la fumée inhalée. Il dépose alors un dossier de reconnaissance de maladie professionnelle et n’a pas retravaillé depuis. « Je me bats pour cette cause », dit-il, en dénonçant un scandale à venir comparable à celui de l’amiante. Le même rapport de la caisse de retraite évoquait une surmortalité chez les pompiers, liée notamment à l’inhalation involontaire de produits retardants, classés cancérogènes et reprotoxiques.

D’autres paient déjà le prix. Cédric Duivon, sergent-chef, travaille à temps partiel en Haute-Garonne depuis qu’un cancer de la vessie lui a été diagnostiqué en 2023. Il regrette le peu d’avancées sur la santé des pompiers. Lui a été bien entouré par sa hiérarchie. Des collègues d’autres départements, raconte-t-il, sont un peu laissés à eux-mêmes face à la maladie. Et il pose la question qui fâche. Combien de pompiers devront tomber avant que le sujet soit pris à bras-le-corps ?

Le manque d’études françaises agace tout autant. Émilienne Poumirol, sénatrice et ancienne présidente du conseil d’administration du service incendie de Haute-Garonne, a signé un rapport sur les cancers professionnels chez les pompiers. Elle pointe l’absence de travail épidémiologique national sur le retentissement de la toxicité des fumées, alors que les pays anglo-saxons documentent la question depuis longtemps.

Sur le terrain, les signaux d’alerte ne manquent pas. Sébastien Dephot, représentant syndical chez les pompiers girondins, raconte le mégafeu qui a parcouru 42 000 hectares. En trois ou quatre jours, la matière brûlée a dépassé tous les chiffres de 2022. Il a vu des collègues vomir un peu, puis remonter dans leur camion, victimes probables d’une intoxication au monoxyde de carbone, qui se manifeste aussi par des maux de tête, des vertiges ou des nausées. Une intoxication aux particules fines peut, elle, survenir bien plus tard. Guillaume Millet, délégué syndical dans le même département, décrit le lendemain de ces journées. « Pendant deux jours, quand je me mouche, c’est tout noir. Si on a de la suie dans le nez, on en a aussi dans les poumons, dans les bronches, partout. »

Reste un sujet dont on parle peu, le silence des intéressés. Beaucoup préfèrent taire leurs symptômes, par peur d’être déclarés inaptes et de perdre leur place. Un tabou qui complique encore le suivi médical.

L’équipement pose aussi question. Pendant le mégafeu girondin, les pompiers ont enfilé leur cagoule de feu par-dessus un masque FFP2. Un empilement vite irrespirable, impossible à supporter quand il faut dérouler des tuyaux tout près des flammes. « C’est normal d’aller au feu avec un masque FFP2 ? C’est du papier ! », s’agace Guillaume Millet. Le patron du service incendie girondin, Marc Vermeulen, reconnaît une protection perfectible. Il la juge tout de même préférable à une nouvelle cagoule filtrante, plus efficace pour les poumons mais qui expose à un coup de chaleur jugé aussi grave que l’inhalation des fumées. Beaucoup de sapeurs-pompiers ne partagent pas cet avis, et dans le Sud-Ouest aucun service départemental n’a adopté l’équipement, pourtant disponible depuis deux ans, note le colonel Arnaud Fabre, à la tête des pompiers landais.

Une mission parlementaire récente avance une piste. Une enveloppe nationale, pour financer le suivi médical des pompiers, mais aussi des études épidémiologiques et des travaux de recherche sur les protections respiratoires, les tenues, la décontamination et les capteurs individuels. Autrement dit, commencer à traiter la fumée comme un risque professionnel à part entière, et non comme la rançon obligée d’un métier passion.

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