Société
Blocages en cascade dans les lycées, une jeunesse qui passe à l’offensive
Des dizaines d’établissements paralysés un peu partout en France, des cours suspendus et parfois des tensions vives avec les forces de l’ordre. Parti…


Des dizaines d’établissements paralysés un peu partout en France, des cours suspendus et parfois des tensions vives avec les forces de l’ordre. Parti d’Île-de-France la semaine dernière, le mouvement lycéen a grossi en quelques jours et s’invite désormais dans le débat politique.
Tout a commencé la semaine dernière, en Île-de-France, sur des sujets très concrets. Des classes sans professeur, des remplacements qui n’arrivent jamais, des emplois du temps impossibles à tenir, des locaux que les élèves jugent insalubres. En quelques jours, la colère a essaimé dans de nombreuses villes et s’est invitée à la journée de mobilisation de la fonction publique, avec le soutien affiché de La France insoumise.
L’Union syndicale lycéenne, principale organisation représentative des élèves du secondaire, a appelé à bloquer les établissements partout sur le territoire. L’idée est de faire converger la mobilisation des lycéens avec celle des agents publics. Devant le lycée Montebello, à Lille, où les cours ont été suspendus pour la journée, Ryad Rani, président de l’USL, a détaillé les raisons de la colère. « Dans un établissement sur deux, on a des équipes d’AED où il manque 50 % des effectifs », a-t-il expliqué, citant aussi des lycées sans infirmière scolaire, sans assistante sociale, ou privés de professeurs de philosophie et de français pendant les années du bac.
À Paris, moins d’une dizaine des 90 lycées de la capitale ont connu des tentatives de blocage, sans qu’aucun blessé ni incident majeur ne soit signalé. Devant le lycée Arago, dans le 12e arrondissement, une trentaine de jeunes se sont massés derrière des poubelles et des pancartes, avec des slogans comme « Macron explosion » ou « Moins de flics, plus de fric ». « Les profs faisaient grève, le blocage permet de faire monter les choses », résume Nova, 16 ans, qui pointe des problèmes budgétaires et des enseignants pas motivés.
En Seine-Saint-Denis, plusieurs centaines de lycéens se sont retrouvés devant le lycée Paul-Éluard à Saint-Denis. Les pompiers ont dû intervenir pour éteindre un feu allumé au pied du portail. « Nous, enfants de la banlieue, on est abandonnés et délaissés », lance Victoire, 16 ans, qui juge les conditions d’étude insalubres.
Ailleurs, la journée a viré à l’affrontement. À Rennes, devant le lycée Brequigny, le plus grand établissement d’enseignement secondaire de Bretagne, une centaine de lycéens ont lancé des projectiles sur les bâtiments. Le site a été complètement bloqué, comme celui du lycée Jean Macé. À Lille, aux abords du lycée César-Baggio, abribus et panneaux publicitaires ont été dégradés, des poubelles incendiées, et des bouteilles, des pavés et divers objets jetés en direction des forces de l’ordre, qui ont répliqué à plusieurs reprises avec du gaz lacrymogène.
À Marseille, les organisations lycéennes revendiquaient cinq établissements bloqués, après la levée d’un blocage plus tôt dans un lycée du 7e arrondissement. À Bordeaux, plusieurs centaines d’élèves ont fermé l’entrée du lycée Magendie. À Lyon et dans son agglomération, plusieurs établissements étaient perturbés, avec des tensions signalées devant certains lycées et des cours annulés à Villeurbanne. Dans le département du Nord, les autorités ont recensé quatre interpellations et douze lycées concernés.
Le gouvernement a dénoncé des « violences urbaines », avec 164 interpellations et 180 établissements touchés. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a fustigé la « surenchère irresponsable » d’élus de La France insoumise qui appellent à étendre le mouvement. La présidente LR de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, a parlé d’une « instrumentalisation politique ». Elle affirme qu’un mot d’ordre circule, « saccages ton lycée », relayé par des défis TikTok où il s’agirait de faire le meilleur blocage. « La LFI, c’est les pompiers pyromanes », a-t-elle insisté.
Face à ces critiques, le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, a défendu son positionnement. « Je trouve qu’on devrait tous saluer cette mobilisation lycéenne », a-t-il déclaré, ajoutant que lorsqu’on partage les revendications d’un mouvement, il est normal de l’appuyer, de le soutenir et d’appeler à ce qu’il s’amplifie.
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