Nous rejoindre sur les réseaux

Monde

En Afrique du Sud, les fils électriques volés de Katlehong racontent la rupture avec l’ANC

Dans ce township au sud de Johannesburg, les habitants se sont branchés eux-mêmes au réseau depuis vingt ans et s’apprêtent à le faire payer au parti au…

Article

le

En Afrique du Sud, les fils électriques volés de Katlehong racontent la rupture avec l'ANC

Dans ce township au sud de Johannesburg, les habitants se sont branchés eux-mêmes au réseau depuis vingt ans et s’apprêtent à le faire payer au parti au pouvoir le 4 novembre. Ailleurs dans le pays, l’eau qui manque et les ordures qui s’accumulent nourrissent la même défiance envers un ANC déjà très affaibli.

À Katlehong, les câbles courent le long des chemins comme des cicatrices. Ils disent tout haut ce que les habitants répètent depuis deux décennies. Le quartier n’a jamais été raccordé officiellement au réseau électrique, alors les familles ont tiré leurs propres lignes, tant bien que mal, pour sortir de l’obscurité. Ce bricolage tient lieu de service public depuis vingt ans. Aujourd’hui, à trente kilomètres au sud-est de Johannesburg, la patience est épuisée. Une bonne partie du township a décidé de bouder les élections municipales du 4 novembre et, surtout, de ne plus accorder ses voix au Congrès national africain, le parti de Nelson Mandela.

Lesiba Rankapole, 59 ans, responsable d’un secteur du quartier, résume la stratégie retenue par les siens. Pas de courant, pas de bulletin dans l’urne. Il assume le raccordement sauvage sans détour. Personne, dit-il, n’avait vraiment le choix, on ne peut pas élever des enfants dans le noir, et sans électricité aucun gamin ne se développe normalement. Un peu plus loin, Enock Majola, 57 ans, dresse la même liste de griefs. Les décharges sauvages, les terrains laissés à l’abandon, l’impression d’avoir été oubliés. Lui qui se présente comme un enfant de l’ANC ne veut plus entendre parler du parti, parce que la vie est devenue trop dure.

Le mouvement centenaire, qui a porté le combat contre l’apartheid et gouverne sans interruption depuis les premières élections libres de 1994, encaisse les effets de ce désenchantement. Les services publics se dégradent, le chômage de masse frappe de plein fouet. Les chiffres racontent une chute continue. En 2004, l’ANC frôlait encore les 70 % des suffrages aux législatives. Aux municipales de 2021, il est passé pour la première fois de son histoire sous la barre des 50 %, avec 45,59 %, tout en conservant la moitié environ des 257 municipalités du pays. En 2024, avec près de 40 % des voix, il a dû, une première, partager le pouvoir au sein d’une coalition. Il lui faut désormais composer avec des formations dissidentes, dont le parti uMkhonto weSizwe fondé et piloté par l’ancien président Jacob Zuma, qui se présente pour la première fois à un scrutin local.

Les motifs de colère ne manquent pas dans le paysage quotidien. Meshack Twala creuse une tranchée pour atteindre la canalisation bouchée d’une maison environnée d’eaux usées. Sa question tient en une phrase. Comment aller voter quand toute la rue vit avec des égouts à ciel ouvert ? Les images d’habitants furieux tournent presque chaque jour sur les chaînes d’information, y compris dans des communes dirigées par d’autres partis. Mais c’est bien l’ANC qui risque le plus gros. Le politologue Sethulego Matebesi rappelle que la faible participation électorale lui est traditionnellement défavorable. Ce rendez-vous local servira aussi de test aux différentes formations, qui y verront un aperçu de leur base avant les générales de 2029.

Le contrôle de Johannesburg, poumon économique de plus de 4,8 millions d’habitants selon le recensement de 2022 et vitrine de la première économie du continent, a cristallisé la campagne. À Alexandra, les contrastes sautent aux yeux. Depuis les rues jonchées de détritus et criblées de nids-de-poule, les habitants aperçoivent les tours de verre de Sandton, le quartier d’affaires réputé le plus riche d’Afrique. Patrick Saohatse, agent de maintenance de 45 ans, a tranché. Il votera pour l’Alliance démocratique, deuxième parti du pays et principal allié de l’ANC au gouvernement. La DA, déjà aux commandes du Cap, lorgne Johannesburg et y mène depuis plus d’un an une campagne offensive, accusant l’ANC d’incompétence. Sa candidate à la mairie, Helen Zille, 75 ans, prévient que cinq années de plus de corruption et d’infrastructures à l’abandon pousseraient la ville au-delà de tout redressement possible. À deux semaines du vote, l’ANC n’avait toujours pas rendu public le nom de son candidat. Mdumiseni Ntuli, chargé des élections pour le parti, admet que les habitants de Johannesburg et de sa périphérie ont des raisons d’être mécontents. Il veut malgré tout leur faire comprendre qu’on ne règle rien en restant chez soi.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus