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En RDC, des crèches d’urgence pour les enfants que le virus a laissés seuls
Près de six mois après la déclaration officielle de l’épidémie, des centaines d’orphelins d’Ebola sont recueillis dans des structures improvisées au cœur…

Près de six mois après la déclaration officielle de l’épidémie, des centaines d’orphelins d’Ebola sont recueillis dans des structures improvisées au cœur de l’Ituri. Une riposte qui manque encore de moyens face à une maladie sans vaccin ni traitement spécifique.
La République démocratique du Congo a déclaré le 15 mai sa 17e épidémie de maladie à virus Ebola. Elle est devenue la plus meurtrière jamais enregistrée dans le pays. Les autorités sanitaires comptent 9 704 personnes touchées et 4 687 décès, soit une létalité proche de 50 %. Le virus Bundibugyo, à l’origine de cette flambée, circule par les fluides corporels et déclenche une fièvre hémorragique sévère. Aucun vaccin ni traitement spécifique n’existe aujourd’hui, même si un essai clinique est en cours.
La crise sanitaire reste hors de contrôle. Le virus vient d’être détecté dans une huitième province congolaise, le Nord-Ubangi, et des cas ont été signalés ces derniers mois dans trois autres pays du continent, l’Ouganda où l’épidémie a été déclarée éradiquée fin août, le Kenya et désormais le Nigeria.
Les enfants paient un tribut particulièrement lourd. Ils représentent environ un décès sur trois et plus d’un cas sur quatre, sur un total de plus de 2 500 enfants affectés. Ceux qui ont perdu leurs parents sont accueillis dans une douzaine de crèches installées dans les zones infectées. À Mongbwalu, cité minière reculée de l’Ituri considérée comme le foyer de l’épidémie, des nourrices donnent le biberon à des bébés, gants et protection en plus. La plupart de ces petits sont arrivés après avoir vu leurs parents mourir et des équipes d’hygiénistes en combinaison intégrale venir prélever les corps avant de les enterrer. D’autres ont vu leur père ou leur mère contaminés partir vers un centre de traitement.
« Beaucoup d’enfants ont perdu leur père et leur mère à cause d’Ebola », dit Marie Bakikula, qui s’est portée volontaire pour travailler ici après avoir elle-même contracté le virus. Une fillette et trois petits garçons jouent près d’elle. Des peluches fraîchement décontaminées au chlore sont posées là. Les mères de ces enfants ont été testées positives. Tous restent en observation 21 jours, le temps de repérer d’éventuels symptômes. « Il y en a un qui a présenté des symptômes sept jours après son arrivée et il a été admis au centre de traitement », raconte la nourrice. Le lien avec les parents se réduit à des photos et des vidéos que les soignants prennent pour eux. « On ne peut pas les emmener rendre visite à leurs parents à l’intérieur du centre de traitement, c’est trop risqué », explique la psychologue Monique Ndjangosi. Pour ces enfants, venir ici signifie surtout « qu’ils ne reverront plus leurs parents ».
Le travail d’identification bute parfois sur l’impossible. « Nous avons des enfants que nous n’arrivons toujours pas à identifier parce qu’ils sont trop petits et que leurs parents sont arrivés dans le coma », explique Céline Lusinde, cheffe de bureau provincial de la protection de l’enfance, qui recense 8 200 nouveaux orphelins en Ituri depuis le début de l’épidémie. Quand une famille, même éloignée, peut être retrouvée, les équipes de la riposte la sollicitent. Sinon, des habitants prennent le relais. Marie-Thérèse Tsesi, infirmière de 63 ans, héberge cinq orphelins dans sa modeste maison en terre proche de l’hôpital de Mongbwalu. « Il ne leur restait que leur père, il est mort d’Ebola. Ils dormaient dehors et présentaient des signes de malnutrition. »
Derrière ces histoires, une riposte à bout de moyens. La présence de groupes armés dans la province la plus touchée, l’Ituri, limite l’accès à certaines zones. Beaucoup de décès surviennent dans les communautés, où la défiance persiste, et ne sont jamais signalés. À quelques mètres de la crèche de Mongbwalu, des agents en combinaison blanche chargent un cercueil de la taille d’un enfant à l’arrière d’un pick-up. Depuis cinquante ans, Ebola a tué plus de 15 000 personnes sur le continent africain. La précédente flambée la plus meurtrière en RDC, entre 2018 et 2020, avait fait près de 2 300 morts pour 3 500 malades recensés. Celle-ci a déjà largement dépassé ce bilan.
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