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Gadi Eisenkot joue la carte du calme face au verbe de Netanyahu
À l’approche du scrutin du 27 octobre, l’ancien chef d’état-major mise sur une image sobre et sérieuse pour séduire un électorat fatigué des tensions.…

À l’approche du scrutin du 27 octobre, l’ancien chef d’état-major mise sur une image sobre et sérieuse pour séduire un électorat fatigué des tensions. Face à Benjamin Netanyahu, ce fils d’Eilat espère transformer sa réserve en argument de campagne.
À l’approche des législatives du 27 octobre, Gadi Eisenkot avance à contre-courant. Là où Benjamin Netanyahu cultive depuis des années une présence très médiatique, l’ancien chef d’état-major de 66 ans préfère la discrétion. Il s’habille souvent tout en noir, parle peu anglais et refuse les interviews avec les médias étrangers, alors que le Premier ministre sortant enchaîne les plateaux télévisés américains. Dans la presse israélienne, il privilégie des réponses courtes, parfois réduites à des listes à puces, un réflexe hérité de sa carrière militaire. Il espère ainsi ravir le poste de Premier ministre.
Cette réserve pourrait devenir son meilleur atout. Une partie importante de l’électorat israélien veut surtout que les choses se calment, et la classe moyenne cherche un visage responsable, presque ennuyeux. Eisenkot correspond à cette attente. Chef d’état-major de 2015 à 2019, il bénéficie aussi d’une sympathie durable depuis la mort de son fils Gal et de deux neveux pendant la guerre à Gaza.
Les sondages le placent au coude à coude avec Benjamin Netanyahu. Il promet de restaurer l’image d’Israël à l’international, fragilisée par la guerre dévastatrice dans le territoire palestinien et par les violences de colons qui se multiplient en Cisjordanie occupée. Après qu’un maire français et une journaliste américaine y ont été passés à tabac, il a dénoncé un « terrorisme juif sous les auspices du gouvernement » et assuré qu’il agirait.
Il n’est pourtant ni pacifiste ni propalestinien. Pendant la campagne, il a ressorti de vieilles citations où Benjamin Netanyahu se disait ouvert, sous pression américaine et à contrecœur, à l’idée d’un État palestinien. Eisenkot s’y oppose frontalement. Au Liban, où il a servi pendant la guerre de 2006 contre le Hezbollah pro-iranien, il a contribué à la « doctrine de Dahiyé », du nom du bastion du Hezbollah en banlieue de Beyrouth. Cette stratégie de représailles massives, fondée sur l’idée que le mouvement cachait armes et combattants parmi les civils, a aussi été appliquée à Gaza.
Fils de juifs marocains, élevé dans un milieu modeste à Eilat, dans le sud, il pourrait devenir le premier chef de gouvernement séfarade, ces Juifs originaires d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Cela le distingue encore de Benjamin Netanyahu, produit de l’élite ashkénaze, les Juifs d’origine européenne longtemps dominants dans les institutions israéliennes. Ses origines sont revenues au premier plan quand un commentateur d’une chaîne favorable au Premier ministre l’a traité de « singe » manipulé par des « élitistes ashkénazes ». Le terme peut aussi signifier « bouc émissaire » en hébreu, mais il a été perçu comme une attaque raciste et condamné, y compris par Netanyahu. Eisenkot a répliqué avec une campagne d’affichage dénonçant les discriminations envers les Séfarades, et son parti a accusé Netanyahu de marginaliser les représentants séfarades du Likoud.
Sur le terrain des promesses, il avance sur plusieurs fronts. Il a assuré à des militants LGBTQ+ à Tel-Aviv qu’il renforcerait leurs protections légales, puis défendu la colonisation en Cisjordanie devant des représentants du sionisme religieux, « à condition qu’elle se fasse en accord avec la loi ». Il laisse ainsi entendre qu’il n’inclut pas les avant-postes non autorisés, même par Israël, souvent faits de tentes ou de caravanes, où vivent les colons les plus radicaux. À Gaza, il s’engage à mettre fin au pouvoir du Hamas « dans les 18 mois » s’il devient Premier ministre. Il veut aussi une commission nationale d’enquête sur les défaillances sécuritaires qui ont permis l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, réclamée par des Israéliens. Après trois années de guerre sur plusieurs fronts, il souhaite limiter les exemptions au service militaire des ultra-orthodoxes. Pour séduire le centre et les libéraux, il promet de « protéger l’indépendance judiciaire, l’État de droit, les droits des minorités et la liberté de la presse ».
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