Économie
Meta remplit ses caisses pour la bataille de l’IA sans lâcher la barre
Le géant californien a dévoilé des résultats trimestriels portés par la publicité, tout en préparant une levée de fonds hors norme pour suivre la cadence…

Le géant californien a dévoilé des résultats trimestriels portés par la publicité, tout en préparant une levée de fonds hors norme pour suivre la cadence dans l’intelligence artificielle. Une opération taillée sur mesure pour que Mark Zuckerberg garde la main.
Meta a publié mercredi des comptes qui rassurent Wall Street. Sur les trois mois clos fin septembre, la publicité sur Facebook, Instagram et WhatsApp a fait grimper le chiffre d’affaires à 64,6 milliards de dollars, en hausse de 26% sur un an et au-delà de ce qu’attendaient les analystes. Un moteur publicitaire qui tourne à plein, donc, même si le bénéfice a encaissé un coup dur. Près de 10 milliards de dollars ont été provisionnés en lien avec l’accord signé fin août avec la quasi-totalité des États américains, qui reprochaient au groupe d’avoir conçu des plateformes accrocheuses pour les adolescents.
Le dossier judiciaire est loin d’être refermé. Meta s’attend à devoir affronter « un certain nombre de procès liés aux jeunes » dans les mois qui viennent aux États-Unis, où des milliers de familles et de districts scolaires poursuivent l’entreprise. Et le mois d’octobre n’a pas arrangé les choses. Mercredi, un juge du Nouveau-Mexique a infligé au groupe une amende de 25 milliards de dollars pour avoir trompé les utilisateurs de Facebook sur la protection de leurs données, dans le dossier Cambridge Analytica. Malgré ce climat, la direction prévoit entre 73 et 76 milliards de dollars de recettes pour le dernier trimestre de l’année, un peu mieux que prévu. Le titre a gagné près de 4% après la clôture des marchés.
C’est du côté de l’intelligence artificielle que le groupe de Menlo Park a trouvé de quoi convaincre les investisseurs. Longtemps distancé par OpenAI, Anthropic et Google, Meta a lancé en septembre Muse, un agent capable d’effectuer des achats ou d’envoyer des courriels à la place de l’utilisateur, puis Muse Wonder, présenté comme son premier modèle « de pointe ». Plus de dix millions de personnes ont activé Muse aux États-Unis et au Canada, a précisé Mark Zuckerberg. L’action a bondi de 43% entre la mi-août et la fin septembre. Reste que l’outil consomme énormément de puissance de calcul, ce qui va faire grimper les coûts de fonctionnement, a averti la directrice financière Susan Li, qui veut d’abord le transformer en source de revenus.
Pour tenir le rythme, le groupe se donne les moyens de lever « des centaines de milliards de dollars sur plusieurs années », et des levier dès cet automne. Sa trésorerie disponible est passée dans le rouge, alors qu’il prévoit d’investir entre 135 et 145 milliards de dollars cette année. La solution retenue passe par la création d’actions sans droit de vote, distribuées gratuitement aux actionnaires fin janvier, que Meta pourra ensuite émettre pour attirer de nouveaux capitaux. Le comité d’administrateurs indépendants qui a mené les discussions justifie l’urgence par une concurrence acharnée pour l’argent frais. Les levées d’Alphabet, de SpaceX, d’Anthropic et d’OpenAI, et d’autres à venir, rendent l’environnement « de plus en plus difficile ». Mieux vaut donc se financer « avant que davantage d’entreprises n’aient absorbé les capitaux disponibles », estime-t-il. Alphabet a ouvert le bal en juin avec 80 milliards de dollars en actions, SpaceX en a récolté 75 lors de la plus grosse introduction en Bourse de l’histoire, et Anthropic prépare la sienne pour novembre.
Le montage a un objectif clair, préserver l’emprise du fondateur. Mark Zuckerberg détient 60,6% des voix pour seulement 13,4% du capital. Selon le document déposé auprès du gendarme boursier américain, il a « clairement fait savoir » pendant les négociations qu’il ne soutiendrait pas une levée de fonds qui réduirait ses droits de vote. On y apprend aussi qu’il a envisagé de quitter la Californie, où un impôt exceptionnel sur la fortune des milliardaires est soumis au vote le 3 novembre et pourrait lui coûter « plusieurs milliards de dollars ». En échange des nouvelles actions, il s’est engagé à rester dans l’État huit ans tant qu’il dirigera le groupe, et pourra céder aussitôt 10% de sa participation, notamment pour régler cet impôt. Les discussions ont été « longues et, à plusieurs reprises, conflictuelles ». Le comité réclamait en vain des clauses mettant fin au contrôle de Mark Zuckerberg en cas de départ ou de décès. Meta avait déjà tenté de créer des actions sans droit de vote en 2016, avant d’y renoncer l’année suivante face à une plainte d’actionnaires.
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